‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 71 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

4° Charlemagne et Roland. Tel est le titre que nous croyons devoir restituer à un poëme qui n’a pas encore été jugé comme il doit l’être. La première partie seule a été publiée, sous le titre de Roland et Ferragus, qui ne convient qu’à un épisode du récit , et Ellis a analysé, comme poëme indépendant, sous le titre de Sir Otnel, également insuffisant, la fin de la seconde partie. Ce poème, qui est une espèce de résumé des guerres de Charlemagne contre les Sarrasins, très-imparfaitement connues de son médiocre auteur, se divise ainsi : 1° le voyage de Charlemagne en Terre- Sainte, d’après la légende latine; 2° le commencement de la guerre d’Espagne, d’après les premiers chapitres de Turpin (jusque et y compris l’épisode de Ferragus); 3” Otuel, mais dans une autre version, plus mal écrite et versifiée; 4° la fin du récit de Turpin.

Ce qui a trompé Ellis , et après lui M. Nicholson , c’est que les deux premiers morceaux se trouvent dans un manuscrit, les deux derniers dans un autre, et qu’en outre, après la fin du second épisode, le scribe du premier manuscrit a placé Y Otnel signalé plus haut, et non celui qui rentrait dans le poëme qu’il avait commencé à copier; il les avait sans doute tous deux sous les yeux, et a préféré, avec raison, le premier, quitte à laisser là le poëme commencé. Mais la liaison des quatre parties est incontestable (cf. surtout les derniers vers du prétendu Roland et Ferragus). Ce poëme est donc une sorte d’ouvrage cyclique, mais qui no peut se comparer à l’œuvre de Girard d’Amiens , au Karl Meinet ou à la Karlamagnùs-Saga. Il est écrit en stances de six vers, coupe très-usitée dans l’ancienne poésie anglaise '. Il n’a aucune valeur de fond ni de forme \

Vers la fin du quinzième siècle, lord Berners, le célèbre traducteur de Froissart, mit en anglais le roman en prose de Euon de Bordeaux; on ne possède plus actuellement de ce livre qu’un exemplaire unique, du milieu du seizième siècle. II jouit cependant d’une grande popularité, comme le montrent divers témoignages, et surtout l’existence d’un drame tiré de ce roman : la troupe de Henslowe le jouait à Londres en 1593. C’est à Euon de Bordeaux que Spencer, et après lui Shakspeare, ont emprunté ce person-

1 Voy. Ellis, p. 346-379. gne, ont encore été imité» en anglais.

• Beuve d H ans ton e , Flore et Blan- Dans Amys and Amüyoun, Charlemagne cheflor. poèmes étrangers à Charlema- ne figure pa».

LES SOURCES

nage d’Obéron,qui joue un rôle si charmant dans le Songe d’une nuit (tété *.

Au quinzième siècle, lo célèbre imprimeur Caxton publia un livre intitulé : «Thelyf of Charles the Great, fynvsshed in thc reducing ofit into englysshe the xvm day of juin ... MCCCCLXXXV ... Explicit per William Caxton. n Cette V ie de C/uirles le Grand , qui est à présent d’une rareté excessive, a été généralement regardée comme une compilation faite par Caxton ; on a loué le discernement qu'il avait montré dans le choii de ses sources, et on a remarqué qu’il avait donné un beau rôle au duc de Normandie, Itiehard sans peur, évidemment par patriotisme *. On lui a fait honneur surtout des sentiments exprimés dans la préface, adressée à un de ses amis particuliers, Henri Ltolomycr, chanoine de Lausanne. Mais ce nom suffit pour nous faire voir que Caxton avait simplement traduit, et, comme il le dit lui-même, réduit en anglais le livre des Conquestes de Charlemaigne ou de Fierabras , tient nous avons cité plus haut (p. 98) la préface, adressée à maistre Henri üolomier, chanoine de Lausanne. Quant au rôle de Richard sans peur, il se trouvait aussi développé dans le livre français, qui l’avait pris lui-même dans le poème de Fierabras.

Tel est le contingent, plus que pauvre, de l’Angleterre, dans le trésor de la légende de Charlemagne. Nous ne nous souvenons pas que plus tard, au seizième siècle, dans l’incomparable mouvement dramatique qui se produisit à Londres et d'où sortit l’œuvre de Shakspeare, aucun de ces poètes qui mettaient à contribution l’histoire et les traditions du monde entier ait exploité les récits carolingiens.

Gomme appendice h ce chapitre, nous devons dire un mot des emprunts qu'a faits à notre légende la poésie galloise. 11 est intéressant de bien constater que cette poésie a plus d’une fois imité la nôtre, ne fût-ce que pour ébranler la certitude de ceux qui voient la source de nos romans de la Table-Ronde dans les Mabinogion du fameux Livre rouge d’Hcrgest. Lady Guest, l’éditeur de res curieux récits, dit en effet dans sa préface : « 11 y a en outre quelques histoires, comme Amyn et Amie, sir lievis d’Uamtums, les Sept Sages, et Y Histoire de Charlemagne , si évidemment d'origine étrangère et tardivement introduites en Galles (elles n’offrent

1 Nous empruntons tons ces rensei- Bordeaux , page xxxm et suivantes, gnements à la préface île Huon de * Voy. Revue britannique, mars 1844.

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