‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 73 sur 246 · LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE EN ITALIE

Le Roland furieux a longtemps été admiré comme un monument isolé, comme la production toute personnelle d'un des plus heureux génies de la poésie méridionale. L’ancienne critique esthétique savait vaguement qu'il avait eu un prédécesseur dans le Roland amoureux du Bojardo, mais dédaignait de s’enquérir plus exactement de ce que pouvait être ce plomb vil changé en or sous les mains de l’Arioste. Bien que le Furioso continue tous les épisodes de l’ ïnnamorato, bien qu’il soit destiné à des lecteurs tout pleins du premier et par conséquent inintelligible en plus d'un endroit pour ceux qui ne connaissent que lui seul, on se bornait à constater que le poète de Ueggio avait fait oublier tous les essais qui avaient précédé son œuvre. L'histoire littéraire, quand elle commença à être autre chose que l’art de dresser un catalogue bibliographique, sentit le besoin de remonter plus haut. On lut Bojardo, on découvrit Pulci. Un pas de plus fut fait quand on se mit à étudier, quoique très-superficiellement encore, les vieux poèmes tels que la Spa(jna,\& Re<jina Anchruja, la Leandra, etc. ; l'initiative de ce travail appartient à Ginguené, qui y montra une bonne volonté et une intelligence historique remarquables pour son temps, bien que très-loin d’être suffisantes. Valentin Schmidt, en Allemagne, s’engagea plus avaut dans cette voie, et apporta dans son travail plus de critique et d’attention, et surtout un amour sincère, parfois même excessif, du sujet. On remonta un degré plus haut, dans cette généalogie ascendante des poèmes du seizième siècle, quand on aborda les Reali di Francia, dont Gamba donna enfin une édition lisible, et que M. Rankc, dans un Mémoire où il applique à la littérature toutes ses éminentes qualités d’historien, étudia à fond et analysa dans leurs parties inédites. Là s’arrêtait jusqu’à ces derniers temps la liste des documents de l’histoire poétique de Charlemagne en Italie: entre les Reali et nos chansons de gestes, pas d’anneau intermédiaire; aucun

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