‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 76 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Dante et les autres grands trécentistes donnassent au toscan le rang que n’avait encore pris aucun des dialectes de la péninsule. Quelle que soit l’explication qu’en pourront donner les Italiens, il faut bien admettre qu’il y avait alors en Lombardie un public pour ces compositions ; un certain Nicolas de Vérone, auteur d’un poëuie sur la Passion, débute ainsi :

Seigneur, je vous ay jà pour vers et pour sentance Contié maintes istoires en la langue de France *.

De tels poèmes étaient évidemment destinés à des auditeurs italiens. C’est donc à ce mouvement remarquable, qui doit désormais avoir sa place dans l’histoire de la littérature italienne, que se rattachent les poômes de Venise. L’auteur de V Entrée en Espagne ne laisse aucun doute sur sa patrie :

Mon nom vos non dirai, mais suis Pataviau,

De la citez que fist Antenor le Troian,

En la joiosc marche del cortois Trcvisan ’.

Ces poésies offrent donc un double intérêt : le premier de forme, qui n’est pas présentement de notre compétence ’, le second de fond. Nous remarquerons seulement, pour ce qui touche la langue dans laquelle ils sont écrits, qu’elle n’est pas la même dans tous : dans deux d’entre eux, l 'Entrée en Espagne et la Prise de Pampelune, elle est fortement italianisée, mais assez régulièrement altérée et ne manque môme pas de certaines qualités d’expreasion; dans d'autres, tels que Ber le, Mainet et Macaire , elle est complètement assauvagie, comme on disait autrefois; elle échappe presque à toutes règles et trahit chez l’auteur une profonde ignorance de l'idiome qu’il prétend écrire. Mais pour tous les poèmes que nous avons rangés dans nos deux dernières classes il est également impossible d’admettre un original français, au moins en tant qu’ils l’auraient partout suivi : des rimes telles

• Hist. litt ., XXIV, p. 546. Un autre Nicolas est l’auteur rl’un immense travail sur Attila, translatatus rie chronica in lingua Fronde (Hist. hit., ib., 54"). Ce Nicolas se désigne ainsi : per Sico laum ohm d. Johannu de Cùsola de Hononïa (P. Heyse, Hom. Inedita, p. 163).

1 L'Entrée en Espagne, p. 4. Quoi qu’eu

dise ici notre Padonan, il n’a pu résister plus tard k l’envie de nous apprendre son nom; il s’appelait Nicolas.

3 Le seul savant qui ait encore traité cette question est M. Mussaüa, dans les préfaces qu’il a mises à scs excellentes éditions de la Prise de Pampelune et de Macaire.

LES SOURCES

que : voire (videre) : avoire (habere) : gloire ( Entrée en Espagne), dir : servir : enpir : obéir : sir (Pampelune) . imperé (empereur) : rité (héritier) : masné (maisnie) : Salamoné (Salomon) : contré ; Baivé ( Macaire ), donà (donné) : crestentà : sera : volontà : mostra ( Berte ), n’ont jamais pu exister dans un po6me composé en France. Nous sommes donc autorisé à regarder ces productions comme nées en Italie et par conséquent à attribuer à l’invention italienne ce qui s’y écarte des récits français. Le meilleur procédé, pour faire cette critique des parties originales de nos poëmcs, sera de les examiner successivement et de signaler, autant qu’il nous sera possible, les traits qui leur sont particuliers.

Les deux textes d'Aspretnont conservés à Venise ' offrent, il est vrai, une assez longue introduction qui manque dans les manuscrits de France ; mais nous ne pensons pas qu’elle soit du fait d’un Italien. On a déjà remarqué, en effet, que des allusions à cette partie du poème se trouvent dans le texte ordinaire *; en outre la Karlamagnùs-Saga (m, 5-7) renvoie à un original français, sinon identique, au moins analogue. D’ailleurs la langue de celte introduction n’est que du français mal écrit ; la mesure et la rime se laissent assez facilement rétablir. Nous n’avons donc pas à chercher ici d'invention italienne. 11 en est de même de Roncevaux 5, de la bataille d 'Aliscans * et de Gui de Nanteuil *.

Les poèmes qui font le sujet spécial de cette étude sont contenus dans trois manuscrits. Le premier, désigné fort improprement sous le nom de Doon de Maience, est une compilation à laquelle nous semble convenir le titre général de Pépin et Charlemagne *; elle comprend en effet deux poèmes relatifs au premier et cinq qui se rapportent au second. Le compilateur était Italien ; il a relié les différents récits par quelques vers de sa façon, qui consistent généralement en simples formules, telles que: « Nous avons chanté de Beuve, maintenant nous allons chanter de Berte », et ainsi de suite. Les poèmes qu’il a admis sont les suivants :

« Ms fr. !V et VI. M. Bekker (Jfém.

de l’Acad. de Berlin, 1839, p. 213 et suiv.) a publié le début de ces deux 'manuscrits. Voj. aussi Homvarl, p. l et suiv.

• Hist. litt., XXII, 60-61.

* Ms. fr. IV et VII. Le premier de ce6 manuscrits est extrêmement précieux, en ce qu’il a pour base le même texte que celui d'Oxford; aussi M. .Muller

l’a-t-il mis à profit pour son édition.

* Ms. fr. VIII.

1 Ms. fr. X.

* Le manuscrit étant incomplet du commencement, il nous manque le prologue général du compilateur, dans lequel il aurait sans doute expliqué ce qu’il entendait faire. C'est le manuscrit coté Fr. XIII.

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