LIVRE PREMIER
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lingien, nous reconnaissons facilement une idée que nous avons déjà remarquée chez les trouvères français de la deuxième et de la troisième époque (p. 77), la tendance à rattacher tous les trattres à une môme famille. Les poèmes français nous disent aussi que cette famille remontait à Doon de Mayence, mais toutefois, et c’est là la différence qni les sépare de notre compilation italienne, ils ne désignent jamais l'ensemble des traîtres sous le nom de cil de Mayence , de maison de Mayence , comme les textes de Venise, et l’épithète générique de Mayençais leur est complètement inconnue. Doon de Mayence a d’ailleurs suivant eux douze fils, dont un seul, Griffon, est la tige des traîtres, et il ne saurait leur venir à l’idée d’opposer aux fils d’Aimon les Mayençais, puisque Aimon lui-méme est un fils de Doon.
Cette désignation se montre donc pour la première fois dans les poèmes qui nous occupent, et nous pensons que c’est là qu’elle a été inventée. Ce fait, quelque minime qu il paraisse, a«t, comme nous le verrons, très-important pour la critique des autres monuments italiens; nous devons donc donner les motifs qui nous le font admettre. Outre le Doon de Mayence, héros du poème de ce nom et chevalier sans reproche, les chansons de gestes en connaissent un autre, le traître usurpateur qui figure dans Heure d’Hanstone. Le compilateur italien a commencé son recueil, nous l’avons vu, par ce dernier poème; il a pris le Doon de Mayence qui y figure pour celui qu’il connaissait simplement comme l’aïeul de Ganelon et autres ;il a vu dès lors dans tous les Mayençais une race de traîtres, et a désigné par cil de Mayence cette famille perfide que les poètes français appellent les parents Ganelon, le hynaye Hardré, etc. Il semble que l’auteur du Doon de Mayence français eût prévu cette confusion, quand il écrivait ces vers, qui auraient été pour notre Italien, s’il les avait connus, un salutaire avertissement : « 11 y eut, dit-il, plus d’un Doon à Mayence;
Cliil Do dont je vous chant, qui chest fol a coipris. . .
Chen ne fu pas chil Do, le traître faillis,
Qui Beuvon de Haulonne cacha de son pais. . .
Ains est li anrhiens et li premerain vis Dont la geste sailli des barons de haut pris.
Qui ont sus Samzins le bon resne conquis. . .
Pour chen le vous ai dit que n'en soie repris,
Que tel i a de vous qui en estoit pensis. »
(V. 6655 et suiv.)
LES SOURCES
Ainsi, puisque l’idée et le mot de Mayençcns, qui apparaissent pour la première fois dans la compilation de Venise, trouvent dans cette compilation même leur raison d’être, il faut que les textes où nous les retrouverons s’appuient sur elle : et ce premier résultat de nos recherches se confirme par le fait qu'on ne les rencontre que dans des ouvrages italiens ou imités de l’italien.
Parmi les personnages qui sont toujours du côté du bon droit et en opposition avec les Mayençais, nous remarquons Bernard de Clermont, nom inconnu aux sources françaises 1 ; ce nom ne semble figurer qu’épisodiquement dans la compilation qui nous occupe ; nous le verrons, dans des ouvrages postérieurs, prendre une importance de plus en plus grande et devenir le nom patronymique de toute une vaste lignée, qui représente le bien comme celle de Mayence représente le mal’ et qui fait équilibre à celle-ci, de telle sorte que la royauté, au milieu de ces deux races ennemies, penche tantôt vers l’une, tantôt vers l’autre. Mais cette conception fondamentale des poèmes italiens postérieurs n’a encore dans notre compilation, au moins autant qu’on peut en juger par les fragments connus, qu’une de ses deux moitiés bien constituée ; l’autre devait naître plus tard, par l’effet de cette logique qui avait déjà produit en France les poèmes cycliques et qui tend, dans l’épopée populaire, à rendre de plus en plus concrètes, sensibles et visiblement opposées, les principales idées auxquelles elle a dû sa naissance.
Après la conclusion de Beuve d’Hanstone J, dans lequel est intercalé, comme nous l'avons dit, le poëme de Berte, le compilateur passe à
3” Karleto. Ce poëme a pour base une chanson de geste perdue, Mainet. Il offre les mêmes particularités que Berte ; plusieurs noms sont changés ; les plus remarquables de ces changements sont ceux de Mainet en Karleto, et de Galienne en Bélisant. De même Tolède, dont tous les textes s’accordent à faire la résidence de Galafre (voy. 1. II, ch. in), devient Saragosse. Malgré cela, ici encore on trouve quelques traits fort anciens, qui montrent que le
1 Noos ne savons à quoi se rapporte l'épithête donnée à Charlemagne dans Otinrl (aux Variantes, p. '6, Charles de Cleremonl).
* Peut-être notre compilateur avait-il déjà développé cette idée, puisque d'apres lui (dans Berte) Milon, père de Ro-
land, est fils de Bernard de Clermont.
■ Ce poème ne rentre pas dans notre cadre, et nous n'avons pas comparé la rédac tion du compilateur avec le texte français (inédit) ; il nous semble cepen dam avoir remarqué des différences asset fortes.
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