LIVRE PREMIER
compilateur avait sous les yeux un bon poème français. Nous avons déjà dit que les Mavençais jouent ici le même rôie que dans Berte; ajoutons que la fin parait avoir été fortement altérée par le compilateur : il y a introduit des épisodes (tels que celui de Sansoneto) , qui semblent provenir uniquement de son invention.
4“ Berte et Milon. Ce poème diffère essentiellement des deux précédents, en ce qu’il n’existe aucune clianson française qui lui corresponde; tous les renseignements que nous fournissent sur Berte, mère de Roland, les sources françaises ou les imitations étrangères, sont même en contradiction absolue avec le récit de notre texte, comme nous le dirons ailleurs (1. Il, ch. x); on chercherait en vain dans toute la littérature si riche que nous avons mise à profit, une seule allusion à ce récit. En outre, il est à remarquer que la scène du poème est en Italie ; c’est là que se réfugient les amants poursuivis par la colère de Charlemagne ; c’est à Sutri que Roland se fait reconnaître à son oncle et obtient le pardon de sa mère, et cette tradition, si inconnue en France, est encore vivante de l’autre côté des Alpes. Ces considérations doivent suffire pour que nous refusions à cette partie de notre compilation une origine française. Nous ne pensons pas non plus que l’auteur l’ait inventée; elle est trop conforme à la poétique, populaire et contient de trop belles scènes pour que nous puissions l’en supposer capable. C'est sans doute une histoire répandue autour de lui, mais étrangère à Charlemagne, qu'il a intercalée dans le cycle qu’il voulait résumer. Il est à remarquer que la provenance italienne de ce récit s’accuse aussi par le caractère tout romanesque qu’il présente, caractère étranger aux poèmes carolingiens. L’introduction du romanesque dans notre cycle, avec la conception des deux grandes familles hostiles, forme, on peut déjà le voir, le trait distinctif de son développement en Italie. Les érudits qui nous ont fait connaître les manuscrits de Venise n’ont rien cité de Berte et Milon ; on peut juger seulement, d'après quelques vers de transition (üuessard, /. /., p. 403), que la langue et la versification sont parmi les plus barbares et les plus éloignées du français; on y trouve à la rime Bon pour Rome ( = Milon). Notons encore que cette histoire est annoncée à plusieurs reprises dans le poème de Berte au grand pied ; on voit par là que le compilateur avait bien l’ambition de fondre en un
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soûl tout les récits divers auxquels il imposait sa détestable forme. C’est dans la môme pensée qu'il a étroitement rattaohé cette histoire de Berteà un autre récit, qui n’avait avec elle aucun rapport originaire, mais qui lui permettait d’amener Charlemagne en Italie. Ce récit est le suivant :
5° Ogier le Danois. Le compilateur suit ici, assez fidèlement dans les traits généraux, la première branche d’Ogier, les Enfances. Il donne au sultan Corsuhle le nom d' Ysorés.
6“ Qui començo la chacun cornent li Danois alo à Marmore. Entre cette branche et la précédente se placent des événements que le compilateur rappelle, mais qu'il ne raconte pas, la guerre d’Aspreraont et les luttos de Charlemagne contre Girard de Fratte (Guessard, l. I., p. 406). Quant à ce sixième poème, il nous semble reposer sur le récit français des branches II-XII d'Ogier, mais sur un récit oral, et qui s’était singulièrement altéré dans la mémoire du compilateur. La première partie, toute l’histoire du Masimo Cuntc, est probablement de son invention ; dans la suite, nous voyons les traits de notre chanson de geste déplacés, transposés, altérés d’une façon qui ne s’explique guère que par le souvenir confus d'un récit entendu jadis. Ainsi, dans Ocjier, Chariot, fils de Charlemagne, tue d’un coup d’échiquier Baudotdn, fils d’Ogier, pendant que le père est à la chasse, et celui-ci, pour se venger, suscite à Charles une guerre terrible. Ici Chariot tue Baudouin à la chasse, Ogicr pardonne au meurtrier, mais plus tard, jouant avec lui, il le tue d’un coup d’échiquier, ce qui attire contre lui toute la colère de l’empereur. Toute la guerre du Danois et de Charlemagne manque ; Ogier se laisse emprisonner sans résistance. Dans le poème français, quand on délivre Ogier et qu’on lui demande de combattre Brehier, qui vient d’envahir la France, il s’y refuse, à moins qu’on ne lui livre Chariot, sur lequel il veut venger son fils ; une fois qu’on le lui a remis, il va le tuer, quand un ange vient le lui défendre, sur quoi Ogier se contente de donner au prince une huffe ; ici, Ogier, ayant tué Chariot longtemps avant l'arrivée de Brehier, ne peut demander sa mort ; il ne consent à combattre qu'à la condition d'asséner à Charles lui-môme trois bons coups. Ces rapproêhements mettent en lumière le rapport du poème de Venise avec la chanson française.
T Macaire. Ici encore notre compilateur rappelle en deux