‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 80 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

mots (Guessard, /. p. 408) l’expédition d’Espagne et la déroute de Roncevaux,

Liqual û faire un de qui de Magan,

mais il ne les raconte pas. Son poème se place à côté de Ilerte au yraml pied et de Mainet ; c'est une imitation, arbitrairement altérée en quelques points, d’un poème français perdu. Nnus retrouvons là son habitude de changer les noms des personnages (Sibile devient Blancheflor, Richer Floriamont), et de rattacher tous les traîtres à la famille des Mayençais.

L’épisode de Macaire est le dernier du manuscrit; il ne terminait cependant pas la compilation primitive. On lit bien à la fin un explicit, mais il est le fait du scribe, qui n’a pas pris la peine de supprimer le dernier vers de Macaire,

Da qui avanti se rénova la cançon,

vers qui annonce une suite. Divers indices nous porteraient d'ailleurs à croire que c’est aussi le scribe qui a retranché les parties auxquelles, comme nous l’avons dit, il est fait allusion sans qu’elles soient racontées. R est probable, par conséquent, qu'on trouvait dans la compilation: Aspremont, Girard de Fratte, la Conquête de l’Espagne, Roncevaux, et en outre un dernier récit qui servait de conclusion. Elle embrassait ainsi un nombre considérable de poèmes, qui avaient tous reçu des mains du compilateur une forme analogue. Nous avons déjà fait ressortir les principaux traits distinctifs de son œuvre; nous verrons plus tard quelle influence doit lui être attribuée sur les poèmes italiens postérieurs. Le manuscrit qui la contient est du quatorzième siècle, et sans doute à peu près contemporain de la composition. Le copiste est dans son genre aussi mauvais que le poète ; tous deux étaient probablement de ces jongleurs dont nous avons constaté plus haut l’existence en Italie; la compilation porte en effet tous les caractères d’une œuvre destinée à être chantée au peuple. Sa popularité se montre principalement dans la liberté avec laquelle l’auteur traite son sujet, liberté que nous n'avons pas trouvée dans les imitations germaniques, dues à des poètes plus lettrés. La matière de France, tout en conservant une forme à demi française encore, commence déjà à prendre une couleur propre, où se démêlent et la nationalité et l’individualité même de l’imitateur. Ce

LES SOURCES

remarquable caractère est encore bien plus accusé dans l'œuvre dont nous allons maintenant rendre compte, d'après deux autres manuscrits de Venise ’. Ce vaste poème, que nous appellerons l’Espagne (nom que nous justifierons plus tard), ne nous a pas été conservé dans son entier. La première partie ( l'Entrée en Espagne), qui ne comprend pas moins de vingt raille vers, se trouve dans un manuscrit dont M. Léon Gautier a donné l’analyse et de nombreux extraits le fragment de la seconde partie qu’on a improprement appelé la Prise de Pampelune a été récemment publié avec beaucoup de soin par M. Mussafia5. Toutefois ni l’un ni l’autre de ces savants n’a reconnu que les deux manuscrits appartenaient à la même composition ; nous sommes donc obligé de donner ici quelques-unes des raisons qui nous déterminent à admettre ce fait.

La langue de la Prise de Pampelune a été étudiée par M. Mussafia avec le même soin que celle de Macaire , dont elle se distingue grandement à son avantage, comme nous l’avons déjà indiqué. Cette langue offre des particularités remarquables, qui se reproduisent avec la plus grande conséquence, et qui ne se retrouvent, au moins avec cet ensemble et cette suite, dans aucun autre texte analogue. M. Mussafia les a relevées dans son Introduction, et nous les avons minutieusement vérifiées l’une après l’autre dans Y Entrée en Espagne ;e lies s'y retrouvent toutes4, sauf quelques traits purement orthographiques qui sont le fait du copiste de la Prise de Pampelune. Ce copiste, très- supérieur à celui du premier manuscrit, a soumis tous les mots à un système graphique qui s'écarte quelquefois de celui qu’a adopté l'autre La versification offre la môme ressemblance *, si ce n’est que la Prise de Pampelune est écrite, d’un bout à l’autre, en alexandrins, tandis que, dans Y Entrée en Espagne, il y a au moins autant de morceaux en décasyllabes. Mais on y rencontre aussi des

' Ms. fr. V et XXI.

* Bibliothèque de l'École des chartes , 4e série, t. IV. Nous citons le tirage à part, et les vers d’après les folios du ms. indiqués par M. Gautier.

* Première partie des Altfranibsische Gedichte.

4 Nous relèverons principalement la singulière accentuation de la désinence eut des troisièmes pers. plur. (Mussatia, p. vu; Entrée en Esjxigne, fi> 54 v°, 1 v", 74 v% 218 v°, etc.) ; dans les deux textes,

on trouve d’ailleurs concurremment l'accentuation ordinaire { Entrée en Espa • gne, pas sim; Pr. de Pamp.} v. 68, 1490, 2129, 2137, etc.).

s Telle est surtout la substitution de l'o à 17 après une consonne. Le ras. XXI, dit al, el , Malceris , le ms. V no, eo, Maozeris.

4 Ainsi l’emploi intempestif de l’élision (Mussafia, p. vi) est aussi fréquent dans les deux textes (Entrée en Espagne, fi» 54 r°, 4 r®, 225, 290 v®, etc.).

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