‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 84 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

publié depuis longtemps sous le nom de Reali di Francia n'a guère pu être écrit en Toscane ni en Vénétie ; l’étude du langage, pour laquelle on doit le regarder comme une autorité suffisante, le détermine à voir dans l’auteur un Lombard ou un Romain ’. Nous serions très-disposé à placer la patrie de ce recueil dans le pays que nous avons vu de tout temps le plus préoccupé des traditions poétiques françaises, en Lombardie. La première édition parut à Modène en 1491. Les manuscrits n’ont pas encore été étudiés avec critique; Salviati dit en avoir vu un qui datait de 1350 *. L’édition de 1491 est l’unique source de toutes celles qui l’ont suivie, et dans lesquelles , suivant le sort commun de ces ouvrages longtemps populaires, le texte a été de plus en plus altéré. Il se réimprime ainsi tous les ans en Italie, sans que les éditeurs prennent môme la peine de s’en référer à l’édition de Gamba*. Celle-ci, parue à Venise, chez Alvisopoii, en 1821, est la seule qu’on puisse citer; elle est soigneusement revue sur les éditions anciennes, elle donne un sens satisfaisant et rétablit les passages dont la suppression rend les autres presque inintelligibles. Mais Gamba n’a malheureusement pas consulté les manuscrits.

Cette négligence générale fait que l’on n'a jamais imprimé que ce qui était contenu dans la première édition. Or cette édition était loin de comprendre tout l’ouvrage, comme on s’en aperçoit à la simple inspection du livre ‘. Il s'arrête en effet au moment où commence proprement son sujet, après la naissance de Roland et les premiers exploits de Charlemagne. En outre la généalogie des Royaux de France, donnée à la fin du livre V, comprend une foule de noms, évidemment destinés à reparaître dans le courant de l’ouvrage, et qui n’y figurent aucunement. Le livre VI et dernier contient le préambule de la guerre contre Agolant, et en parlant de cette guerre à venir il est dit : Came la historia tocca scyiiendo, ce qui cependant n’est aucunement justifié par les quelques pages qui suivent. D’ailleurs un versificateur dont nous reparlerons, qui avait conçu le projet, vers la fin du quinzième

1 Voy. Grasse, Sagenkretse, p. 305.

* Voy. Grasse, p. 308.

8 Par exemple, l'édition de Venise, Molinari, 1825, qui porte sur sou titre les mêmes promesse* que celle de Gamba {da molti errori purgata , e per la prima vol ta ridotta ad una lezione intelligi -

bile), et dont l’éditeur déclare avoir suivi ses traces et parle de sa « sostenuta fatira » et de «es dépenses pour arriver à donner un bon texte, n’en dire pas moins ics fautes et les lacunes des éditions ordinaires.

* Cf. Hanke, /. /.

LES SOURCES

siècle, de mettre en octaves tous les Reali, trace à l'avance le plan de son travail, et embrasse dans ce cadre, outre les six livres qui ont depuis été imprimés, les quatre suivants, qui ne l’ont jamais été : Aspremont , les Quatre Fils Aimon, l'Espagne et les S ar /tonnais ' . Pulci, à la fin de son Morgante Maggiore , racontant toute l’histoire de Charlemagne d’après les Reali, place aussi à la suite des événements qui font le sujet du sixième livre l’histoire d.4spremont, puis YEspagne, et rappelle ensuite Ogier le Danois et les Quatre, Fils Aimon (XXV11I, S6 et suiv.).

Ces deux citations montrent déjà que le texte des Reali devait comprendre plus ou moins de livres suivant les divers manuscrits, et ce fait n’a rien qui doive surprendre. Le livre n’est en effet qu’un recueil de divers poèmes franco-italiens mis en prose, et rien n 'empêchait un copiste d’v ajouter une histoire déjà ramenée à cette forme, mais que le premier compilateur n’y avait pas comprise. M. Ranke a enfin découvert à Home, dans la bibliothèque Albani, un manuscrit des premières années du seizième siècle, dans lequel se trouvent trois livres inédits des Reali, Aspramonte, la Spagna et la Seconda Spagna. Le manuscrit débute par cette rubrique : Inehominciasi la honorata storia ch’è chiamata Aspramonte, cl le fuc dopo el libro chiamato el Mainetto chc fue el sezo libro de Reali di Francia *. Cette précieuse trouvaille a été appréciée à sa valeur par l’éminent historien, qui a donné une rapide analyse des deux premiers de ces livres ; il regardait le troisième comme plus récent et étranger au reste de l’ouvrage. Depuis, la bibliothèque Albani a été dispersée, et on ne sait ce qu'est devenu ce manuscrit heureusement, un savant français, M. Henri Michelant, avait fait copier il y a déjà quinze ans, les rubriques de Y Aspramonte et de la Spagna. 11 a mis ces copies à notre disposition, avec une bonne grâce dont nous devons lui savoir d’autant plus degré qu'il compte bien les publier lui-méme; elles nous permettent d’arriver à quelques résultats fort importants sur l'origine des Reali.

Outre les six livres connus, on doit donc admettre l’existence de six autres livres, tous inédits, de cette compilation, livres qui n’ont

• Mém. de C Académie de Berlin iPhi- latine (au palais Pitti à Florence), deux losophische Classe), 1835, p. 40G et suiv. manuscrits d’un roman en prose intitulé

’ Cette perte est réparable au moins As/n-ainonte, qui est très-probablement pour V Aspremont ; car on voit dans Mêlai le meute que celui de la bibliothèque (p. 58), qu’il existe à la Bibliothèque Pa- Albani.

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