LIVRE PREMIER
pas tous été insérés dans tous les manuscrits : Aspremont et V Espagne ne manquaient vraisemblablement dans aucun ; mais il paraît que tous n’admettaient pas Ogier le Danois, les Quatre FUs Aimon et la Seconde Espagne. Quant aux Narbonnaii, dont la scène est postérieure à Charlemagne, on comprend qu’ils aient manqué dans plusieurs copies.
L’ensemble de l'ouvrage, ainsi complété, se divise en deux parties, l’une qui s’appuie sur des traditions françaises (Jiv. IV et suiv.), l’autre qui est antérieure à notre époque héroïque, et qui comprend le» trois premiers livres. Dans cette première partie, où l’histoire de la maison royale de France remonte jusqu'à Constantin, nous trouvons bien des récits qui ne sont sans doute pas d’origine française ; mais il y a aussi un livre ( Fioravante) qui correspond au poème récemment publié do Floovant. Le rapport des deux ouvrages semble indiquer que cette chanson de gestes a subi le même travail que celles sur Charlemagne; on y voit les mômes changements de noms que nous avons signalés comme habituels au compilateur du ms. XIII de Venise, le développement de l’élément romanesque, et môme quelques traits qui semblent propres à la poétique de ce môme compilateur '. Dans ces trois livres, au reste, se dessine déjà et s'établit l’idée fondamentale de tout l’ouvrage, celle de l'antagonisme do la maison de Mayence et de la maison de Clermont. Ce trait nous ramène décidément aux poèmes franco-italiens et nous conduit à y chercher l’origine de ces histoires en prose. Cette origine s’accuse de plus en plus nettement, comme nous le verrons, dans le* livres suivants. Toutefois, il serait par trop heureux que les poèmes franco-italiens qui nous ont été conservés soient précisément ceux que le traducteur en prose a eus sous les yeux : nous trouverons donc des variantes considérables , mais nous remarquerons toujours deux particularités importantes : l’une, que l’idée et le caractère fondamental des poèmes franco-italiens se retrouvent dans les Reali ; l’autre, que, quand les Reali racontent des événements inconnus à la tradition française, ils sont, le plus souvent, d'accord avec les manuscrits de Venise, et que
* Toi est l’emploi constant d’un buf - d’où il a sans doute été emprunté, dans fane pour faire dps messages et donner le début de la lierle au graurf pW du des nouvelles. On retrouve ce buffone ins. XIII, dans Y Espagne des Heali , et dans Y Aspremont italianisé du ms. IV, ailleurs encore.
LES SOl'RCES.
cet accord se trouve principalement dans les cas où nous avons dû attribuer aux auteurs mêmes des poèmes franco-italiens l'invention ou l'altération de leurs récits On peut donc admettre, en thèse générale, que les chansons de gestes françaises ont passé par le langage et la forme des manuscrits de Venise pour arriver aux compilateurs des Reali, et que ceux-ci n'ont pas puisé directement à une source française. Les poèmes franco-italiens sont, en quelque sorte, le cordon ombilical qui rattache la poésie carolingienne d'Italie à sa mère française; tant qu’on n’avait pas étudié cet intermédiaire, le rapport de l’une à l’autre était inexplicable.
L’idée de l’antagonisme des Mayençais et de la maison de Clermont est, avons- nous dit, l'Ame des Reali; l’auteur l’a trouvée dans la compilation du ms. XIII ou dans des poèmes qui avaient subi l’influence de cette compilation; mais il l’a étendue et précisée. 11 fait remonter cet antagonisme jusqu'au temps de Constantin ; celui-ci avait un frère appelé Lucino, dont le fils, feanquino, eut une fille appelée Afnganza , laquelle donna son nom au château patrimonial de cette famille. La maison de Clermont se rattache aussi au sang royal ; elle a pour auteur Octavien du Lion, fils de Floovant, et bisaïeul de Beuve d’Ilanstone. Le fils de Beuve d'IIanstone, Gui, a deux fils, Bernard et Clermont (Gkiaramonte) : E di Chiaramonte non rimase erede, ma egli fer.e fare un castcllo, cite fu chiamato Chiaramonte *; Bernard, dit alors de Clermont, a six fils : Aimon d’Ardenne (Darbena), Girard de Roussillon, Beuve d’Aigremont, Léon, pape, Otbon, roi d’Angleterre, et Milon d’Anglante ’. On voit combien la tendance généalogique s’est développée; elle devient, dans les Reali, une préoccupation perpétuelle et semble être la seule cause finale de plus d’un chapitre.
La forme même de cette compilation se distingue par son caractère sérieux. L’auteur est un de ces étranges savants dont le
1 Cet accord se remarque aussi dans l'altération des noms. Ainsi Koland, comte d'Anglers, appelé comte d'Anglanl, garde ce nom dans les Reali; llestoue de Langre*, devenu citer. Nicolas de Padouc, de Lengles, dont une erreur aura lait lengles, est dans les Reali prince i’ Angleterre ; le Navara de Turpin (Na-
jera), le Nadres des chansons de (restes, corrompu par Nicolas en Naxere, est dans les Reali Larzera, etc.
* Liv. V, cltap. dern. C’est ce Chiaramonte qui, d'après Pulci, se lit ermite, et que Roland délivra de trois géants (üorg. Magg., Il, 3).
• Voy. page 169, note 2.
moyen âge nous offre quelques exemples, mêlant aux récits les plus fabuleux des réminiscences historiques, fixant rigoureusement la date d’événements impossihles', précisant les détails* et pesant les autorités avec le soin- minutieux d’un chroniqueur ’, grand docteur d’un blason1 * * et d’une géographie* fantastiques, et grand faiseur surtout d’étymologies ridicules *. Il faut louer, en revanche, la simplicité de son langage et la naïveté de son récit, surtout dans les livres où il ne fait que traduire; quant à la part d’invention qui lui revient dans ceux dont nous n’avons pas les originaux, elle est difficile à préciser.
Laissant de côté les trois premiers livres imprimés, antérieur» à notre sujet, et aussi les livres IV et V qui traitent de Deuve d’Hanstone , nous allons passer en revue les diverses histoires que nous trouvons dans les sept livres qui restent, et dont un seul est publié. Nous en rechercherons les sources d’aussi près que nous le pourrons; mais la connaissance imparfaite que nous avons des livres des Reali et des poëmes de Venise qui sont inédits, la perte totale de plusieurs des uns et des autres, rendra ce travail nécessairement incomplet.
T Herteau grand pied (Reali, VI, 1-17). Ce récit diffère en plusieurs points de tous les autres, et même de celui du ms. XIII de Venise. Ainsi les noms ne sont ni ceux d’Adenès, ni ceux du compilateur franco-italien ; les motifs des aventures sont différents ; certains traits qui ne sont que là paraissent plus anciens que tous les récits connus (ch. ix). D’un autre côté, la perfide compagne de Berte est de la maison de Mayence comme dans le ms. XIII, et, à moins que le compilateur n'ait eu de lui-même l’idée de complé-
1 Nogli an ni di no >tro Signor G. C. 322 xll, I). — Imperatore era in quel tempo Arcadio, e Papa era Innoconzic Albano, e correva allora l’anno 345 11, 18).
* lo vi aviso che Berta ha un pii4 maggiordeU’ altro, ed è il pié de.stro (VI, 2).
• Qui sono due opinioni tra gli autori. L'nno dioe che Maine! îo glidiededi un* arma corta sottn Telmo ne! viso; e l’altro dire chè gli diede del pomo délia * parla nella bnrea c gli ruppe tre demi (VI, 33). Cf. Rankc, /. I., p. Ait*.
4 Cominciô Sanquino a portar nell* arme un falcon peilegrino, di sua pciia, nel campo celeste, e coi fiedi su un monte d'oro. Questa è la propria arma ; ma poi
egli fece il falcone d'oro (1, 22).
4 Ne lia provincia di Bergogna, presse i conllni d’Alemagna, è un poggio alto, il quale (' spit oato delle Alpi tre gi onia te, detto Apennino, e chiamato monte Juras (I, 22). Cf. VI, 12 et pnss
• E posele nome Maganza per il regno che avea cambiato (1, 22). — Dal re Salainoue nacque Lione, il quai per l’uso dell’arro fu chiamato Cliirone (V, 9). — La prima volta chc io le vidi, si lo vîdi io che il rotolava et in franzoso ê a dire rotolare roorlare : io voglio per rimemoranza che il habbia nome Roorlarulo (VI, 53). — Cf. VI, 17, et ci-dessous, livre II, ch. il.
LES SOURCES
ter par ce trait .sa conception générale des Mayençais, il l’a emprunté au texte franco-italien. Mais il est probable qu’entre lui et ce texte se place un autre poème du môme genre, écrit par un Italien qui était déjà pénétré de l’idée généalogique, mais qui travaillait d’après un poème français antérieur à celui 'd’Adenès et autre que celui qui avait servi au jongleur du ms. XIII. Le nom à'Elisetta renvoie en effet à l 'Aliste d’Adenès, ce qui prouve que celui-ci avait trouvé ce nom dans son original. Un trait qui appartient à l’imitateur italien, et qui est des plus malheureux, c’est d’avoir fait de la douce Berte une virago : c’était, dit-il (c. 1), la pii i forte cnvalcatrice di lutte le donne del monda. Et quand les Mayençais viennent l’attaquer, elle s’arme, prend une lance et se bat à outrance avec l’un d’eux : ma se ella l’uccise nol so, remarque le judicieux conteur (c. 16).
2° Mainet (c. 17-51). Le rapport de cette histoire avec ses sources estaussi compliqué que pour la précédente: le nom de Mainet, inconnu au ms. XIII, et celui de Galienne (Ualerana) au lieu duquel il donne llélissent (cf. p. 16h) attestent que les Reali sont revenus en quelques points à la tradition française ; d’un autre côté, bien des circonstances, telles que la part des Mayençais aux crimes de Lanfroi et Heudri, la mention de Marsile, Baligant et Falsiron comme ûls de Galafre, et de Saragosse au lieu de Tolède comme résidence de ce roi, la présence à Rome d'un pape mayençais que remplace un pape de la maison de Clermont, le secours donné par Girard de Fratte aux ennemis de Charles, coïncident avec le ms. XIII de Venise. D'autres traits sont évidemment de l'invention italienne : telle est l’histoire tout-à-fait dénuée de fondement traditionnel d'Ogicrle Danois. Ici aussi il nous semble qu’on doit admettre entre la compilation de Venise et les Reali l’entremise d'un poème franco-italien perdu. 11 est à remarquer que les Reali mentionnent par avance (c. 39) Malceris, Aitomar (Altumajor) et Serpentin de l’Estoile, personnages de l’invention de Nicolas de Padoue. Cet auteur n’aurait-il pas soumis à une révision et livré sous une forme à lui personnelle les branches deux et trois de la compilation antérieure? Ce n’est là qu’une conjecture, mais nous scrion.-. d’autant plus disposé à l’admettre que nous constaterons dans la suite la lidélité avec laquelle les Reali le suivent pour l’histoire de la conquête de l’Espagne.
3° Berte et Milon (c. 51-84). Ici, avons-nous dit, le compilateur
du ms. XIII est, selon toute vraisemblance, le premier auteur de ce récit, au moins en tant que rattaché à Charlemagne et à Roland. Aussi les Reali suivent-ils ici le texte de ce manuscrit de beaucoup plus près ; les variantes qu’on peut relever sont de celles que le compilateur du recueil en prose a fort bien pu se permettre sans avoir d'autre source sous les yeux que le poCme franco-italien. Telle est la suppression de tout l’épisode de.* En fonces Ogicr (cf. p. 171', ce qui amène nécessairement un autre motif donné à Charles pour venir en Italie; tel est aussi le voyage de Milon en Orient, qui se rattache au livre suivant, Aspranout. Cependant la môme révision que nous admettons pour les deux récits précédents a fort bien pu atteindre aussi celui-ci : les variantes s'expliqueraient même alors plus naturellement.
4 “A spremont(A spramonte, 1 -200). Nous nepouvons examiner en détaille rapport de ce récit des lirait avec les versions françaises. Il faudrait d'abord éclaircir celui des manuscrits de Venise IV et VI avec ces versions, et ce travail sur un point isolé demanderait de trop long> développements, d'autant plus que la chanson de gestes française est encore inédite. Nous ferons seulement observer que le compilateur du ms. XIII rappelle la guerre d’Aspremont avant d’aborder l’histoire d’Ogier le Danois, ce qui porterait à croire qu'il avait aussi traité ce sujet, mais que le manuscrit ne nous. a pas conservé son travail (cf. p. 172). Si cette conjecture est fondée, il lui avait déjà donné la forme que présentent les Reali ; car il place immédiatement après, comme ce texte, l’histoire de la guerre de Charlemagne contre Girard de Fratte.
5° Girard de Fratte ( Aspramonte , 200-259). Cette histoire ne se trouve dans aucun poème français ; elle demanderait une étude attentive; peut-être contient-elle le fond d'un très-ancien poème sur ce personnage beaucoup plus célèbre que bien connu, qui a plus d’un point de contact avec Girard de Roussillon et Girard de Vienne. Mais c’est encore ici une recherche à laquelle nous devons renoncer, pour ne pas étendre outre mesure les bornes de notre travail.
6“ Ogier le Danois. Nous ne possédons plus rien de ce livre des Reali, qui ne nous est indiqué que par une allusion de Pulci. Cette allusion est toutefois suffisante pour nous faire voir que le roman en prose suivait encore ici la compilation de Venise, et cet accord est d'autant plus frappant que ce récit, dans la forme que
LES SOURCES
lui a donnée le compilateur, a dû naître, comme nous l’avons vu, de la confusion de ses souvenirs personnels. Celui qu'a suivi Pulci racontait, comme le ms. Xlll, qu’Ogier avait tué Chariot, et appelait de môme Bravier le Sarrasin, que nos poèmes nomment Brehier *.
7" tes Quatre FilsAimon. Cette histoire figure parmi celles que le versificateur des Reali comprenait dans son sujet ; il la place après la guerre de Girard de Fratte et a\ant Y Espagne. Nous ne savons rien de la forme qu’elle avait revêtue en Italie ; mais Nicolas de Padoue fait à ce récit une allusion qui ne se rapporte pas aux textes français que nous en connaissons (P 218).
8° IJEspagne ( Spagna ). Voici la partie des Reali qui est la plus intéressante pour notre sujet. Dans le manuscrit Albani, elle suit immédiatement 1 ’Aspramonle ; elle comprend un très-long livre divisé en 188 chapitres, dont les rubriques vont nous permettre de bien constater la source. Cette source n’est autre que le poème de Nicolas de Padoue, que le compilateur en prose avait sous les yeux dans son entier, tandis que nous n’en possédons plus que des fragments. Nous allons le faire voir par une étude rapide de son travail.
Les 83 premiers chapitres correspondent parfaitement aux folios 1-268 du manuscrit analysé par M. Gautier. Connue c’est dans cette première partie que se trouve le curieux passage où Nicolas déclare trouver lui-même ce qu'il raconte, on ne peut assigner au récit des Reali une autre source que le Patavian. D’ailleurs des détails évidemment d’une invention toute personnelle se retrouvent même dans les rubriques \ Quand ces rubriques au-
‘ Ce poème suivait Aspremont dans Tordre chronologique adopté par le compilateur, puisque c’est en le commençant qu’il rappelle Agoland et Girard de Fratte. Voici ce qu'en dit Pulci (Morg. Mag., XXVIII, 04).
K dei Dantse, c corne è fu cmtiano,
K del c»v*l chiaratto Duraforte;
E che ta pngione >1 tonne Carlomaoo Quando quel delte a Carlotlo la morte -,
Infin che venne quel Braneri atrano,
Cbc abbatte tutti i Paladin di corte ;
E corne è fu dclla Ma rca algnorc,
* Ainsi, dans Nicolas de Padoue, « Maraile, qui fu bon nigromatte y écrit sur les
bords d’un vase plein d’eau /e.» règnes de. la terre, puis il place un petit batelet sur cette eau. C’est du cAté vers lequel se dirigera ce bateau que Charlemagne a l’intention d’aller. Le batelet s’arrête du cAté de l'Espagne; Marsile pâlit d’elfroi (T* 7 v°, Gautier, p. 12). » I)e même Spaynnf ch. vu : a Chôme lo re Marsiglio non sapendo chôme lo re Charllo si volesse an dare, diliberA saperlo, e andA a uno suo giardino c toise uno bacino picuo di aqua, e per forza d’inchantamento seppe dove Charllo voleva andare. » — Cf. encore Nicolas, f°* 128- 136, et Spagna , c. 44-45.
ront été publiées on pourra facilement s’en convaincre ; la coïncidence ne peut être douteuse (Malceris ( Pr . Pamp. Maozeris, Reali Mazerigi), Isorés, Sansonet, tous les personnages créés par Nicolas, se retrouvent dans les Reali ; les caractères, dont le dessin lui appartient le plus souvent, offrent les mêmes traits ; les événements se suivent dans le même ordre. Les quelques variantes qu’on peut relever sont insignifiantes.
Au folio 268 s’ouvre, dans le manuscrit de Nicolas, une lacune que M. Gautier a crue seulement de quelques tirades, mais qui est en réalité beaucoup plus considérable. Elle est remplie par les chapitres 83-124 de la Spagna et contient non-seulement la défaite de Malqidant (Machidante), mais un long épisode qui nous ramène au camp de Charles devant Pampelune, et où l’on voit Olivier revêtir les armes de Roland et jeter la terreur dans les rangs des païens, comme Patrocle, couvert de l’armure d’Achille, épouvante les Troyens dans Y Iliade (c. 104-110).
A partir du ch. 123, l’accord recommence entre les deux textes et se poursuit fidèlement jusqu’à la fin du ms. XXI ( Spagna , c. 130). Puis la lacune qui sépare cette fin du commencement du ms. V est remplie par les chapitres 131-142. Ces chapitres contiennent un remarquable épisode, celui de Macaire, qui est préparé au P 13 du ms. XXI ( Spagna , c. 12). Ce Macaire est le lieutenant laissé par Charles en France; il appartient à la maison de Mayence et par conséquent est un traître. Aussi veut-il eidever à Charlemagne, en son absence, son trône et sa femme, et ses desseins ne sont renversés que par un miracle que nous raconterons ailleurs (1. II, ch. is). Charles ramène de France, où il a été punir l’usurpateur, le fils de Salomon de Bretagne, Guron *, que nous voyons en effet figurer dans le ms. V *. Au ch. 139 on raconte comment Désirier de Pavie (Desiderio), roi des Lombards, se décide à venir au secours de Charles, et nous avons vu que cette introduction devait nécessairement se trouver dans la lacune entre
* Ce Guron est appelé Chiron ou Chirone dans les Reali et Gicme dans le poème de la Spagna dont nous parlerons plus tard. C'est évidemment une variante de manuscrit; Chiron est la forme qu’a adoptée Puld . Nous avons cité plus haut l’étymolofrie qu’en donne le texte imprimé des Reali; le manuscrit suivi par l'édition do 149! avait altéré le français
Guron d’un cédé en Gtone (d’où Lione), de l’autre en Chirone.
* Et Ganelon, qui est, dans la Spagna , l’oncle de ce Macaire (Schmidt, Helden geil. , p. 92), dit en parlant de Garon (Pr. Pamp., 2859) :
Ferons nous ment rendre
A Guron de Bertagne du cnien niés ch’il fiat pendre T
LES SOURCES
les deux manuscrits. Au milieu du chapitre 142, le livre en prose rejoint le ms. V '. Mais ici l’accord cesse d'être complet. Le prosateur trouve son original trop long, et l’abrège considérablement. Du vers 1412 de la Prise de Pumpelune jusqu’au vers 2705 environ, le récit de Nicolas manque dans les Reali ; l’épisode de l’ambassade de Guron (2705-3865) semble écourté {Spar/na (c. 143- 146). Tout le reste du fragment de Nicolas de Padoue qu'a publié M. Mussafia manque également dans la Spayna, et le chapitre 147 reprend à un endroit où le texte franco-italien nous fait défaut. Toutefois, il suflit de lire les rubriques des derniers chapitres, où sont racontées la prise del'Estoile sur Serpentin, puis la bataille de Roncevaux, pour reconnaître la manière du Nicolas de Padoue, son art de jeter de l’intérêt dans ses épisodes, et scs écarts de la tradition généralement adoptée. On voit que, pour la (in de l’expédition d’Espagne, comme pour le commencement, il a trouvé dans Turpinle fondement général de son récit, mais qu'il a brodé à sa manière ce canevas très-concis. La partie où les Reali nous représentent seuls son poème contient d’ailleurs bien des traits qui sont annoncés ou préparés dans les longs fragments que nous ont conservés les manuscrits de Venise XXI et V \ On peut donc regarder comme un fait établi que le livre des Reali appelé la Sparjna repose sur le poème de Nicolas de Padoue, qui lui a sans doute aussi fourni son titre. Ce fait, que mettrait en lumière avec plus d’évidence la publication du poëtne de Nicolas et de la prose italienne, est important dans l’histoire littéraire : il nous montre combien l'épopée carolingienne suit en Italie une marche autre qu’en France; au lieu d’être le produit iriconscientde la tradition populaire, les récits sont des inventions artistiques, et ils ne se transmettent plus de bouche en bouche, mais bien de livre en livre.
1 « Chôme lo re Desidcrio, prese la terra (fis asalir la terre, Pr. Pnmp., 209) el palazio, non voleva lasciare entrare altri, e chosi a Charllo per suoi inbasciadori intese che ave va ragione, e chosi Desiderio glt demandé tre grazie, e furogli concedute, e di poi licenzié e’ maestri, e battezossi lutta Pampalona , si non e’ era morto, e Mazarigi si fupgi inchampo di tre giorai che fue battezato. »
* Ainsi les personnages déjà connus se retrouvent ici : Grandonio, Isorés, Falsirone. Les caractères semblent aussi les
mêmes : le roi Salomon de Bretapno parle précisément comme dans 1 ’Entrte en Espagne; Restons, devenu Astolfo, est toujours grand railleur. D’après ftanke (/. /., p. 411), l’envoi de Serpentin à l’Estoile est annoncé dès le début de la guerre par conséquent au ch. x de? tirait) et se trouve sans doute aussi dans l'£n* tré e en Espagne. D’ailleurs nous avons déjà dit que Nicolas de Padoue annonce, dans le ms. XXI, son intention de traiter aussi la bataille de Roncevaux (voy. Gautier, /. /., p. 4 et suiv.).