‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 86 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

9' La seconde Espagne. Nous ne possédons pas les rubriques de ce livre, qui dans le manuscrit Albani est copié à la suite du précédent. M. Ranke n’en dit que très-peu de chose : « Ce livre contient, dit-il, les combats du roi laissé en Espagne par Charles contre Marsile, qui n'est pas mort, mais simplement fugitif. » Ces quelques mots suffisent à faire reconnaître le sujet de notre poGme d'/ln w.v de Carthage. La traduction italienne est désignée comme ayant été faite par un certain Terroso, et M. Ranke voit dans cette mention la preuve que ce livre est postérieur aux autres. Cependant le livre précédent prépare celui-ci en plusieurs endroits : c’est ainsi que Marsile, au lieu d’y être tué comme dans tous les autres textes, s’enfuit en Égypte (c. 180), et qu’il est dit que Charles fit Anséis roi d’Espagne et le couronna avant son départ (r. 189-4). Il faut donc admettre, ou que l’auteur de la Seconde Espagne a modifié le texte de la première, ou plutôt que ces deux livres ont été revus par un même écrivain, qui pourrait bien être dans ce cas le compilateur de tous les Hcali di Francia.

10° lecs K ar (connais . La Seconde Espagne se termine par l'annonce du livre suivant, i .Xervonesi, et nous avons déjà vu que le versificateur des Reali comprenait ce livre dans son plan. On le regarde comme perdu mais il est très-probable qu’il existe en manuscrit à la bibliothèque Magliabecchi de Florence (Pale. I, cod. 16). Ciampi * indique en effet ce manuscrit comme contenant, sous le titre de Libro de’ Narbonesi, « les exploits des fils d’Aimeri de Narbonne en faveur de Charlemagne contre les prétentions de la maison de Mayence. » Ceci n’est probablement que le début du livre, qui correspond au Couronnement de Louis. «11 fut composé en français, ajoute Ciampi d’après le manuscrit, par Erbcrto, duca di Sammartino , et traduit en italien par Andrea da Uarberino. » Cet Herbert est évidemment Herbert le Duc, de Darnruartin, qui nous est connu comme auteur d'une des branches les moins anciennes du vaste cycle narbonnais, Foulque de Candie. Ainsi les Narbonesi devaient comprendre aussi ce poGme, et embrasser par conséquent à peu près tout le cycle; ils dépassaient donc de beaucoup les limites de notre sujet.

Voilà ce que nous avons pu recueillir du second degré de la filiation des poèmes chevaleresques de l’Italie. D’après M. Mussafia

1 Yo y . Lachinaïui, Préface de Wol- 1 Orsta C. St ad Carcassvnam, Puttram, p. xxu. face, p. dern.

LES SOURCES

(Ma faire, Préf. p. v), il y aurait encore un assez grand nombre de livres populaires italiens inédits. Il serait à désirer qu’ils fussent publiés, ou au moins analysés avec soin; on pourrait, ainsi soumettre à une vérification suffisante les idées que nous avons émises. Pour les résumer, nous dirons que, suivant nous, ces romans en prose reposent essentiellement sur des poèmes écrits en mauvais français par des Italiens, et que pour les Reali en particulier, on ne peut méconnaître qu’ils ont pour fondement les manuscrits franco-italiens de Venise. L’imitation est immédiate pour Nicolas de Padoue; en ce qui concerne la compilation du ms. XIII, il faut sans doute admettre un intermédiaire; mais cette circonstance n'empêche pas que cette compilation n’entre pour une large part dans le texte du livre populaire. Le savant critique que déjà nous avons cité tant de fois avait pressenti ce rapport; il dit en effet, dans sa Préface à la branche du ms. XIII qu’il a publiée : « Les productions des jongleurs italiens, comme était notre compilateur, ne sont pas sans intérêt, parce qu'elles forment la transition entre les bonnes vieilles épopées et les livres populaires italiens, pour la plupart cycliques... Ainsi le manuscrit qui nous occupe offre avec les RcaU di Francia une grande ressemblance, tant en général, par rapport à la marche de l'action et à la manière de rattacher les épisodes, que plus spécialement dans plusieurs détails. »

La phase qui suit, dans la poésie épique italienne, celle des romans en prose, n'a pas d’analogue chez nous. En France, les livres populaires furent la dernière transformation de la vieille épopée; en Italie ils furent le point de départ d’une activité nouvelle. La scène principale de cette activité semble se déplacer; nous quittons la Lombardie pour la Toscane. Les jongleurs de Milan et de Bologne, qui chantaient sur les places leurs poëmes franco-italiens, ont fini par fournir la matière de la grande compilation des Reali; cette compilation devient à son tour la source où puisent les improvvisalori florentins. Ceux-là aussi chantaient devant le peuple : témoins les nombreux passages de leurs poëmes où ils reproduisent à peu près, en s’adressant à leurs auditeurs, le> formules de nos jongleurs français. « Combien de ces chants, a dit Schmidt avec raison, n’auront jamais été écrits ! combien d’autres, écrits, n’auront jamais été imprimés M » 11 nous en est 1 liai. Ueldcng., p. 80.

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