‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 87 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cependant parvenu un certain nombre, que nous devons distinguer en deux classes, auxquelles la succession chronologique semble assigner le même rang que la logique qui préside au développement des faits littéraires. La première comprend les poèmes dont les auteurs se sont contentés de versifier les livres en prose venus de Lombardie ; la seconde se compose des œuvres où les Italiens, abandonnant la tradition, mais s’efforçant de' garder mn esprit et sa forme, ont trouvé eux-mêmes, comme avait fait le premier Nicolas de Padoue.

Le plus ancien des poèmes de la. première série paraît être Iiuovo d’Antona (I* éd. Bologne, 1480’), composé par un Florentin anonyme dans le courant du quatorzième siècle. Le sujet de ce poème le soustrait à notre examen : nous nous bornerons à dire que l’auteur ne suit pas son texte avec beaucoup de scrupule et se permet des additions et des embellissements considérables.

L’auteur de la Spagna est plus fidèle au roman en prose que nous avons décrit plus haut sous le même titre. Il se nomme luimême, à la fin de son poème, Sostegno di Zanobi, de Florence, et tout porte à croire qu’il le composa dans le courant du quatorzième siècle (1* éd. Bologne, 1487). Le poème de Nicolas de Padoue, par l’intermédiaire des Beali, est le guide dont il ne s’écarte pas; il le suit jusque dans les détails’, et si l’on trouve quelques épisodes ajoutés, on doit croire que Sostegno avait sous les yeux quelque manuscrit plus complet ’. Les suppressions que le compilateur en prose a opérées dans la dernière partie (voy. ci-dessus) se remarquent aussi dans les vers. Nous renvoyons pour de plus amples détails aux nombreux livres qui ont examiné le poème de Sostegno; il a été jugé de la façon la plus différente par les divers

1 Nom suivons pour ccs indications bibliographiques la 2* édition de Melii.

* Nous citerons ici le passage correspondant à celui que nom avons noté plus haut (page 187, note 2) dans Nicolas de Padoue et dans les Reali :

Poi fece Mars! li o rapunare Tutu au* baronia in un giardioo,

E (lavante quelle vt fe porUrc A presto a una fonte un gran bacino,

E poi una oave di cera fece fare,

E davantt a quel populo sararino

Fece emplir el bacino d’aqua, e si ve mtase,

La naviceila, e poi legendo disse For niRromancia «opra bacino verti :

La naviceila subitameote si volte,

Girando assai per paeai diverti.

E poi in più modi quella *i revolae tien dicesette volte per ntenersi :

NelT pacti d'Ispagna clla percosae ; lvi fermotai e poi perdi suo upirto.

(Canto l.)

* Telle est l’ambassade d’Alorin et d’Anselmo (c. 8), la prise de Narbonne (c. 32), qui semblent manquer dans le teite des Reali.

LES SOURCES

critiques ; mais toutes leurs appréciations manquaient de base : c'est à Nicolas de Padoue que doivent s'adresser les observations qui regardent le fond du poëme, et sous ce rapport la Spagna a généralement reçu des louanges ; quant à la forme, nous ne pouvons nous en occuper ici. Elle est précieuse en ce qu'elle peut être considérée comme le prototype de la forme épique en Italie : il est curieux de suivre dans les ouvrages subséquents les modifications successives par lesquelles elle passe; de voir, par exemple, les prières à Dieu et aux saints qui commencent un grand nombre de chants devenir des railleries chez Pulci, des invocations païennes chez Bello, des hommages adulateurs ou des considérations morales chez Bojardo, et aboutir enfin aux célèbres débuts des chants de l’Arioste, modèles inimitables de grâce et d’ingénieux badinage.

Nous ne savons si le livre intitulé Nova Spagna d'Ajnor e morte de Paladini, par L. Gabriel (Venise, s. d.), n’est pas la versification de la Seconde Espagne ou Anséis de Carthage ; mais il parait plus probable que ce n’est qu’un poème plus récent et accommodé à un goût nouveau sur le sujet de la Spagna.

D’après la courte analyse de Y Aspramonle que nous ont fournie les historiens littéraires, ce poëme ne suivait pas trop fidèlement le livre des tteali dont nous avons parlé plus haut. On en ignore l’auteur; mais il est probable qu'il vivait à peu près au moment où son livre a été imprimé pour la première fois (vers 1487) : il était Florentin.

Le Lihro del Danese (lr* éd. Milan, 1498) repose sur l’histoire d’Ogier le Danois telle que nous l’avons vue dans le ms. XIII de Venise, telle aussi que la connaissait Pulci, sans doute d’après un roman en prose (voy. plus haut). Le Maximo cunte est devenu Mansimione ; mais le trait principal, à savoir que Chariot, après avoir tué Baudouin, est tué par Ogier, se retrouve ici; de même Ügier, emprisonné à cause de ce meurtre, est délivré pour combattre le païen Bravieri. Mais, à partir de ce moment, le poëte cesse de s'attacher à une autorité connue, et toutes les aventures qui suivent semblent être simplement sorties de son imagination. Ce très-médiocre auteur est appelé par plusieurs historiens Girolarno Tromba; mais il parait que c’est sans fondement.

Nous devons sans doute rapporter au livre des Narbanesi la source d’un poëme dont on n'a encore rencontré qu’un exemplaire

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