LIVRE PREMIER
et qui s’appelle, comme une de nos chansons de gestes du cycle de Narbonne, le Couronnement de Louis (la Incoronaiione de/ re Aloysi fiyiiuolu de Carlo May no). L’impression est du quinzième siècle; elle ne porte ni lieu ni date, mais elle paraît être de Florence. L’auteur, Miclielangelo de Volterre, est, pensons-nous, aussi inconnu que son œuvre.
Le poëme de cette catégorie qui est devenu le plus populaire est celui qui a pour titre : Innamoramento di Milone d'Anglante e di Ber ta, composé sans doute par un Toscan au commencement du seizième siècle (!'* éd. Milan, 1539), d’après le livre VI des Reali, qui a lui-même pour base, comme nous l’avons vu, la compilation du ms. XIII do Venise. Le petit poëme florentin jouit dès son apparition d’un succès qui ne s’est pas démenti; il se réimprime encore chaque année dans des éditions incorrectes qui se vendent par milliers d’exemplaires. Si le sujet en est originairement italien, comme nous l’avons dit plus haut, l'Italie, on le voit, s’est reconnue dans ce récit.
Nous avons déjà parlé d’un auteur qui entreprit de mettre en vers l’ensemble des Reali. Cet homme courageux se nommait Christofano ou Cristoforo, et était de Florence ; il passait pour le roi des improvisateurs populaires et s’était décerné à lui-même le titre de YAltissimo, sous lequel il est connu dans l’histoire littéraire. Il vivait à la lin du quinzième siècle et au commencement du seizième, et il ne fut pas jugé indigne d’être couronné publiquement. Nous avons énuméré plus haut les livres des Reali qu’il considérait comme composant l’ensemble de ce recueil; il n’en a versifié que deux, le premier, qui ne comprend pas moins de quatre-vingt-dix-huit chants, et le second, Fioravante (Venise, 1506); car tout porte à croire que ce second poëme, où il n’est pas nommé, émane aussi de lui. M. Ranke, le seul critique qui ait examiné son œuvre, assure qu’il se contente de rimer la prose des Reali, sans s’en écarter autrement. Au reste, le titre de son livre porte Cantato ail’ improviso, et on conçoit combien il est plus facile à un improvisateur de suivre un texte que d'inventer en même temps le fond et la forme de ses vers.
D’après cette revue, nous voyons que tous les récits des Reali n’ont pas été mis en vers. Pour l’histoire de Charlemagne, nous constatons l’absence de Berte au grand pied, de Mainet, des Quatre Fils Aimon et des Far donnais, sauf le
LES SOURCES
début Mais ces récits n’en étaient pas moins familiers à toutes les mémoires, et les Reali dans leur ensemble sont le fond sur lequel s’étagent les constructions de plus en plus vastes du roman poétique italien.
Dès la clôture de cette première période, qui consiste simplement en imitations, la plupart des grands traits qui doivent persister sont dessinés : dans ces poèmes, Charlemagne joue un rôle trèssecondaire, Roland est mis au premier rang ; la maison de Mayence et la maison de Clermont sont perpétuellement opposées. Aspremont fournit un des grands motifs qui se retrouvent par la suite à satiété : un roi païen délibère avec ses vassaux d’envahir la chrétienté. Un autre est dans YEspagne : un paladin, offensé par Charlemagne, s’éloigne de la France et court le monde, généralement l’ürient, en rencontrant les aventures les plus diverses. L’riîpramonte, à son début, en contient un autre, qui apparaît seulement dans la version des Reali: c’est l’introduction d’une femme guerrière, Galaeielle, si souvent imitée depuis.
L’origine d’un autre trait propre à la forme italienne des récits carolingiens est plus difficile à préciser : nous voulons parler des exploits de Renaud de Montauban, autres que sa guerre contre Charlemagne. Le premier linéament de ces récits se trouve dans la chanson de gestes française où, après avoir fait la paix avec l’em- . pereur, il va en Terre-Sainte, conquiert Jérusalem et y établit un roi. Mais aucun poème français, en dehors de celui-là et de ses suites, ne parle de Renaud; aucun surtout ne lui attribue de part dans les guerres de Charles contre les Sarrasins et dans la conquête de l’Espagne. Peut-être est-ce Pulci qui le premier l’introduisit dans le cercle des paladins consacrés par la tradition et le plaça sur le même rang que Roland.
L’ouvrage de Pulci est à la fois le couronnement et la parodie de tous les poèmes que nous venons d'énumérer. Ce sont les seuls qu’il connaisse, et peut-être, au moment où il écrivait, vers le milieu du quinzième siècle, n'avait-on pas encore ajouté de fictions complètement nouvelles à celles que les Reali avaient transmises. Son livre fait donc doublement époque, et par son importance dans la succession historique des poèmes italiens, et par sa valeur artistique. Pour la première fois avec Pulci la personnalité du poète
* D'après Ferrario (t. II, p. 174, n° 1), dans un petit poème intitulé II Pailiijtiune les aventures de Bcrte sont racontées UeérePippino,qiieMclïincmentionnep««.