‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 89 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

devient prédominante dans son œuvre, et pour la première fois aussi le style est traité avec un art qui a conscience de lui-même. Enfin, tout en conservant à la matière épique l'aspect général que lui avaient donné les Reali e t les poèmes qui en dérivent, Pulci enchérit sur leurs inventions et développe certains traits dans un sens qui décidera les poètes postérieurs. Chez lui, toutes les données antérieures sont poussées plus loin, et la physionomie italienne de l'épopée carolingienne s’accuse de plus en plus. Dès le début, Roland quitte la cour de Charlemagne où il a été offensé et va successivement dans les pays les plus lointains, où il rencontre des aventures extraordinaires. Renaud, parti pour le retrouver, suit sa trace à travers le monde, et n’accomplit pas moins d’exploits surprenants. Charlemagne est décidément un vieillard presque tombé en enfance, jouet de ceux qui l'entourent; Ganelon est le type accompli du traître; aidé des autres Mayençais, il ourdit perpétuellement contre la maison de Clermont les trames les plus noires et correspond sans cesse avec les rois infidèles. Le géant Morgante, caricature des Ferragus et des Rcnouart des poèmes précédents, représente de plus eu plus la force massive et la bonhomie brutale qui restent attachées à ceux de sa taille. La belliqueuse reine Antea, qui veut combattre Charlemagne, développe aussi cette indication d ' Aspramonte dont nous venons de parier, concurremment avec la belle Meridiana, chez laquelle la valeur n'exclut pas la grâce. L’ironie avec laquelle le Pulci traite son sujet semble avoir échappé à ses contemporains : ils ont imité à l’envi son poème, tout en ne reproduisant pas ce ton perpétuellement railleur.

Cette ironie d’ailleurs est encore un élément de la poésie épique italienne ; reprise plus tard par d’autres poètes, elle a été appliquée aux époques suivantes avec plus ou moins de succès. Chez Pulci, elle est à la fois très-voilée et très-mordante ; on a pu se demander si l’auteur était réellement plaisant, en voyant le sérieux imperturbable avec lequel il parle. Mais ce sérieux était nécessaire à son dessein de parodie et ne rend son poème que plus réjouissant pour ceux qui savent le comprendre. Nous n’avons pas à en parler ici à ce point de vue; il nous suffit de signaler son influence sur les ouvrages qui l’ont suivi, et où se retrouvent et se développent encore tous les traits que nous venons de signaler.

LES SOURCES

Ces ouvrages forment la seconde série des poëmes italiens, ceux qui sont de pure invention, tout en restant fidèles à certaines données générales. Nous les croyons tous postérieurs à Pulci ; en effet, outre qu’on est porté à lui attribuer plutèt qu’à des poètes sans talent les inventions qui leur sont communes, nous avons vu qu’il n’en cite aucun, et, quand on admettrait qu’il n’a voulu s’en référer qu’aux poëmes traditionnels, il n'avait évidemment pas à sa disposition les éléments de critique qui nous permettent de les distinguer des autres.

On a cependant attribué une antiquité plus grande au moins à l’un de ces poëmes, la Regiua Anchroja (1" édit. Venise, 1479), maissansen donner de raison suffisante. On retrouve ici le départ et les aventures de Roland ; la reine Antea de Pulci est l’original d'Anchroja. Au même type se rattache Rovenza au marteau, l’héroïne du poëme de ce nom (0“ édit. Milan, s. d.) : ici c’est Renaud que les calomnies de Ganelon exilent de la cour et qui finit par vaincre la terrible Sarrasine. Dans Altobello e re Trojano (1" édit. Venise, 1476), et Persiatw, qui en est une continuation, la donnée générale d Aspramonte est développée. Les trahisons de Ganelon, les exploits de Renaud et de Roland, courant toujours le monde l’un à la suite de l’autre, forment le sujet du poëme assez remarquable de Leandra innamorala, par Durante di Gualdo (1” édit. Venise, 1508), qui semble avoir eu un grand succès et n’avoir pas été sans influence sur les compositions postérieures D’ailleurs, plusieurs autres ouvrages s’occupent de Renaud : c’est sans doute dans l’un d’eux qu’apparaît pour la première fois Bradainante, la sœur de Renaud, le pendant chrétien donné aux Galacielle et aux Meridiana. L ’Innamoramento di Carlo Magno (1" édit. 1481) remet encore en scène le valeureux fils d’Aimon, avec un succès qui fut surtout durable en Espagne (vov. le chapitre suivant).

Toute cette génération de poëmes complète la physionomie italienne du Charlemagne poétique ; nous en avons déjà indiqué les traits. Quelques-uns viennent s’y ajouter dans un ouvrage qui est à peu près à cette série ce que le Morgante est à la précédente : à

« Durante écrit non en octaves, mais en Perché è pifa br«T« e è piii reaoiunte ;

sixains ; il donne de son choix nne rai- 10 Que11* de otto Tcr*i dic0 Pr,ma

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CSiusa io ici terii quest* nostr» rima, [Cunto, I, ott. 7.)

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