‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 98 sur 246 · LIN HE PREMIER · texte numérisé non relu

LIN HE PREMIER

tauban. Le premier est le Miroir de chevaleries ( Espejo de caballerias), « dans lequel on traite des faits du eomte don Roland et de don Renaud. » La première partie est de 1533, la seconde de 1336, la troisième de 1550. On se souvient de ce qu’en dit Cervantes (1. I, ch. vi) : « Le barbier, prenant un autre livre, dit : Voici le Miroir de chevaleries. — Je connais sa seigneurie, dit le curé ; c’est là qu’on voit le seigneur Renaud de Montauban, avec ses amis et compagnons, plus larrons que Cacus, et les douze pairs avec le véridique historien Turpin; et en vérité je ne veux les condamner qu’à un bannissement perpétuel, peut-être parce qu’ils tiennent quelque chose de l’invention du fameux Bojardo...» En effet l 'Orlando innamorato est traduit dans ce livre; il n'y est pas seul; mais nous ne pouvons dire au juste ce qui constitue le reste; il suffit qu’on voie qu’il est écrit sous l’influence italienne. — Quant au roman appelé Reynaldos de Monta/van ( 1" partie, 1523; 2* partie, 1564), c’est la traduction du poème italien appelé Innamoramento di Carlo Magno ( voy. ci-dessus, p. 1 97 ), au moins la première partie; nous ne savons si la seconde est tirée du même livre '. La pièce de Lope de Vega, la Pobreza de Reynaldos, est empruntée à ce roman ’.

4° Amis et Amile. Un souvenir très-altéré s’en retrouve dans la belle et étrange romance de la Linda Melisenda ( Primavera , 198), comme l’a remarqué M. Wolf.

5“ Aiol. Bien que ce poème soit en réalité étranger à notre sujet, nous le mentionnons d’autant plus volontiers que le récit espagnol le rattache à Charlemagne, et qu’en outre on n’a pas encore reconnu l’origine de ce récit. Il se trouve dans les deux premières des six romances de Montesinos qu’a admises M. Wolf (n** 175 et 176). Voici en gros les traits communs des deux récits. Un noble seigneur ( Élie en français, Grimaltos en espagnol) épouse la sœur (en espagnol la fille) d'un roi de France (Louis en français, Charles en espagnol). Un traître (Macaire ou Tomillas) le brouille avec le roi, qui le bannit de ses États. Avec sa femme, qui est enceinte, il se retire dans un affreux désert, où elle donne le jour à un fils (Aiol ou Montesinos), que baptise un saint ermite qu’ils ont rencontré. Élevé par son père dans ce lieu sauvage, l’enfant

* La troisième partie (1533) est em- * Voyei Schack, GeschicMe der drapruntèe, comme nous l’avons dit plus mntischen Lileratur inSpamcn, tome li, haut, à la Conquête de TrCbiwnde. page 329.

LES SOURCES

devient jeune homme et apprend tous les arts de la chevalerie ; il quitte alors son berceau pour aller chercher fortune et venger son père. Ses armes rouillées, son cheval mal pansé, excitent les rires de ceux qui le rencontrent; il n’en parvient pas moins à son but, réconcilie son père avec le roi et tue le traître auteur de tous les maux Plusieurs circonstances diffèrent : mais en somme l’accord est au muins aussi grand que celui qu’on remarque en général entre les originaux français et les imitations espagnoles; un trait assez frappant mérite d’être remarqué. Dans les deux textes, le nom du héros tient aux circonstances qui ont entouré sa naissance :

Tant avoit savagine en icel bois foillis Culevrcs et serpen9 et gransaiu/i furnis;

Par dejouste l'enfant un grant aiaut coisi,

Une beste sauvage dont vous avés oï.

Et pour icele beste que li sains hon coisi L’apela on Atout, ce trovons en escrit.

Ce trait ne pouvait subsister en espagnol; l’auteur de la romance (évidemment un jongleur) a cherché à le remplacer par quelque chose d’analogue : Grimaltos demande à l'ermite de baptiser le nouveau-né :

Placeme, dijo, de grado;

Mas como le Uamarais ?

— Como quisicredes, Padrc,

El nombre le podréis dar.

— Pues naciô en âsperos montes,

Montesinos le dirais.

Ces romances doivent être assez anciennes, car Montesinos figure dans beaucoup d’autres. Les quatre autres qui le concernent ne semblent pas avoir de fondement en français; une seule offre quelque ressemblance encore avec Aiol; Montesinos épouse comme lui une princesse sarrasine ; mais les circonstances diffèrent complètement.

6* Aimeri de Narbonne, Son nom et un beau récit sur lui se trouvent dans une romance qui semble fort ancienne. Le récit n’existe dans aucun poème français; nous pensons qu’il a une source provençale \

' Voyez l’analyse A'Aiol dans ÏHist. * La forme Benulmenique est évitât., t. XXXII, p. iSetsuiv. demment, ainsi que M. Wolf l'a déjà

Page 1