Ms. fr. 12490, fol
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
aux lignes pleines des architectures classiques; vous avez remarqué ces médaillons italiens, encastrés dans les murailles des maisons de chez nous, ainsi décorées des effigies des Césars; vous avez rencontré sur les rives de la Loire, dans le gentil Bourbonnais, dans le Forez plus âpre et jusque dans la sombre Auvergne, l'acanthe du pilastre corinthien fleurissant les baies des demeures; vous avez parcouru, dans la petite ville en lave, à Montferrand, la suite des patios harmonieux, timbrés de l’écusson de leurs propriétaires, imagés des figures de Notre Dame, de centaures, où le visage de Lucrèce et celui de la Vierge voisinent; vous avez regardé ces maisons des riches bourgeois de finances, qui ont déjà supplanté les nobles dans leur province et qui vont les remplacer bientôt auprès des rois1 2. Ou bien, par la pensée, portez-vous dans le chœur de la cathédrale d’Albi, non loin de la tombe de Charles Robertet qui fit continuer, en 1 5 1 1 , les délicates peintures des voûtes à l’italienne3, près de ce jubé où, dans la pierre dure, la fougueuse sculpture bourguignonne a connu son miracle; ou encore, à Brou, dans l’église que Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien et veuve de Philibert le Beau, fit bâtir et ciseler dans la pierre et le marbre en exécution d’un vœu de sa belle-mère, Marguerite de Bourbon.
Sur ces monuments, comme dans les pièces de nos manuscrits littéraires, en dépit des stylisations nouvelles, une importante tradition réaliste s’affirmera toujours. Dans les cahiers des Bobertet, Villon coudoie Baude et le précède. Jean Marot, poète de cour, attaché à Monseigneur de Valois, s’y rencontre4. 11 se souviendra de Villon, qu’il a nommé et imité5. Jean est le père du charmant Clément Marot, celui-là qui