JEAN MOLINET
R HÉTORIQUEUR
C'est Molinet à Valenciennes que nous voudrions peindre, un esprit de petite envergure, mais un très bon ouvrier mécanique des lettres et un extraordinaire musicien des mots, verbeux, savant, goguenard, obscène, plaisant sans qu il s'en doute, très souvent ridicule aussi, mais écrivain d’une verve admirable, chanoine crasseux et déguenillé, borgne et laid comme le cyclope dont il a eu la vigueur et les désirs, un pauvre et vieil homme frileux sur les derniers jours du quinzième siècle.
Jean Molinet, le petit moulin qui tourna à tous les vents, le moulin à paroles, voilà sans doute un bon prétexte à un tableau de cette fin d’un monde qui est la fin du moyen âge. Car Jean Molinet en avait encore recueilli toute la tradition et l’esprit. Il a admiré et su par cœur le Roman de la rose : mais ce fut pour le tourner en prose, pour le mettre en pièces, pour l’assassiner, alors qu'il entendait lui donner une vie nouvelle, des grâces plus en rapport avec les gentillesses de son temps. Sauf la souffrance du petit peuple qui maudit la guerre, Jean Molinet n’a à peu près rien compris à rien. Il était surtout sensible à la fausse splendeur des choses.
Et cependant Molinet a été un hardi novateur verbal, un précurseur à ce titre. De ses nouveautés, presque rien n'est demeuré. Et parmi ses vieilleries, si beaucoup de choses sont ridicules, beaucoup méritent un souvenir et parfois de l’estime. Jean Molinet a vécu enfin, à une époque ambiguë,