‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 106 sur 183 · A quatre lieues de Boulogne-sur-Mer · texte numérisé non relu

A quatre lieues de Boulogne-sur-Mer

4. « Deux veaux sommes de Boulenois », fera dire Jean Molinet à Nicole Remberc. Cf. Haigneré, Recueil historique du Boulonnais, I, i56.

5. M. Alph. Lefebvre (Vie et commune origine de Jehan Molinet, le bolognois, et de Jehan Le Maire, le belgeois... Boulogne-sur-Mer, 1901) a cherché à montrer que Jean Molinet tirait son origine du fief noble dit du Molinet, canton de Samer, cité par Haigneré, Dictionnaire... du Pas-de-Calais, t, III, p. 297?

ô. Jean Lemaire, t. IV, p. 022.

7. Parisius me docuit (épitaphe latine). Voir un éloge de Paris qu’il a donné dans sa chronique, ad. a., i486 ( Chroniques de Jean Molinet, pp. J. A. Buchon. t. III, p. 108).

8. E. Roy, Les Lettres de noblesse du poète Jean Molinet, dans la Revue de philo-

3 12 HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

(Jn écrivain de collège devait être un pauvre scribe copiant des livres d’études ; fonction peu reluisante, on le voit. Quant au collège du Cardinal, c'était, sur la Montagne Sainte- Geneviève, entre les Bernardins et l’enceinte de la ville universitaire, non loin du faubourg Saint-Victor, un assez grand collège, <c fondé pour les pauvres maistres et escoliers estudiant a Paris en la maison du Chardonnet » où l’on comptait soixante théologiens et quarante artiens. « Paris porte le fruict de bien et de mal, ce est le fort et juste droict canon ; Paris porte le fruict du vrai et du faulx, c’est le bel arbre de porphire1 avec les sept arts liberaulx et plusieurs arbres de science qui la flourissent et germinent... Guaires ne s’en faut que Paris ne soit Paradis » dira, emphatiquement, l’écolier picard.

Il n'en est pas moins vrai que Jean Molinet végéta à Paris, qu'il ne sut pas y découvrir le protecteur qui devait alors assurer le gîte et les quelques revenus nécessaires à l’homme de lettres.

C’est cependant à l’un d’eux que Jean Molinet devait adresser un de ses premiers poèmes, le Dit des quatre vins, composé un mois après la bataille de Montlhéry, livrée le 16 juillet 1 4G5 , et qui fait allusion à des événements que seul un Parisien pouvait connaître. Pin cocasse poème2, si proche encore de l’École et de la taverne, un vineux poème où se montrent déjà la truculence de Jean Molinet et son goût de l’équivoque.

Ce fut une bien étrange journée que celle qui amena en

logie française, pp. Clédat, t. IX (i8g5), p. 22. — Molinet se nommera alors « scriba indoctus » (Bibl. Nat. ms. fr. igi65, fol. 32r0).

1. On retrouve cette expression dans l’adresse de l’épître latine aux gens du collège de Montaigu : « Individuis porphiriane arboris militonibusque peripaleticorum Montisacuti peracutissimis Je. Molinet s. p. d. » (Bibl. Nat., ms. fr. iqi65, fol. 3aro.)

2. 11 n a pas été recueilli dans les Faict: cl dietz. On le trouve seulement dans le

ms. de Tournai ioâ, fol. 2a4ro : Didier des quatre vins franchois avec le broullement diceux, dans le manuscrit James de Rothschild, fol. 175 : Les quatre vins frandioys et dans le manuscrit de la Bibl. Nat.,fr. fol. 1 1 6 : Le Dit des quatre vingt (sic).

Mes citations sont faites d’après ce dernier texte.

JEAN MOLINET RUE I'ORIQl Et R

présence les princes de la Ligue du Bien public et le comte de Charolais d'une part, et les hommes d’armes et partisans du roi Louis XI de l'autre, dans les champs de Montlhéryb Deux grosses armées se regardent, sans vouloir se rencontrer, derrière la haie, parmi les champs de fèves et de blé. Mais, quand elles vont s'aborder, Lune disparaît sous les murs de Paris. Car le roi Louis a horreur de ees grandes aventures de guerre. Il préfère palabrer, acheter, négocier. 11 n v a eu ni combat ni victoire. Et sous Paris, entre Beauté et Charenton, dans une région vineuse, les armées se poursuivent et ne s’abordent toujours pas. Mais les Bourguignons ont réquisitionné les cuves, dans les grands vignobles, pour en faire des boulevards et battre par leur artillerie les tranchées adverses2. Quelques défis et combats individuels rappellent seulement que c'est la guerre : car tout le monde a vécu, plantureusement. On a bu du vin à la goulée dans ces chaudes journées, jusqu'au mauvais cheval de Philippe de Commynes qui se montra aussi gaillard que possible ayant bu un plein seau de vin 3. Enfin, le roi tient sa paix qu’il a payée!

Circonstances bien connues de notre Jean Molinet, écolier parisien, et dont on pouvait rire son saoul à Paris. Car tout cela fut comique. Et le Dit des quatre vins françois est comme un souvenir de ce temps de ribote fixé par un pédant de collège :

Virgile, en son chant bucolicque,

Monstre par raison poeticque Que les augures anciens Vauloient aux dieux celestiens Offrir rainseaux et marguerittes,

A chascun selonc ses mérités:

Hercules avoit ung pouplier,

Pan ung pin l, Phebus ung laurier,

i. Ces événements ont été rapportés de la façon la pins attachante par deux

témoins oculaires, par Olivier de la Marche (éd. Beaune et d’Arbaumont, t. III, p. 17 el sqq.) et par Philippe de Commynes ( Mémoires , éd. B. de Mandrot, t. I, p. 2G et sqq).

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