Le mot naquit en ces jours, Chronique, t. I, p
2. En 1478, un autre duel d’artillerie dura vingt-huit heures devant. Condé, et on l’entendit jusqu’à Bruges ( Chronique , t. II, p. i33).
3. Bibl. Nat., ms. fr. 2 3 7 5 , fol. 46, à la suite de VArt de seconde Rhétorique de Molinet, et parmi beaucoup d’autres pièces de notre auteur.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Il célébrait la maison de Bourgogne, refuge du droit, en Occident, la gloire du « renommé lion », annonçant la vengeance prochaine :
L’on vous affilie et forge trenchefille.
Et, comme il aimait à le faire, Jean Molinet, de façon pittoresque, évoquait les combats :
De hacquebuttes et de rudes froars,
De toutes parts froissiés nos bastillons;
De vos brayes, dondaines et bolvars,
Qui par noz dars seront destruis et ars,
Par maulvais ars rompes nos pavillons;
Mais l’aubillon dont nous vous batillons Et la bergiere 1 vous engaige :
Il n'est si gran[t] feu qu’on estaingne.
Notre flotte tient le Rhin dont un bras est rompu. Vous ne pourrez donc échapper. Le grand duc de Bourgogne a décidé de vous réduire ;
Qui ne craint aigle, chat, n’escouffie :
On ne prent pas tel rat sans mouffle !
C est pourquoi il excitait les habitants de Neuss à se rendre, cà traiter, leur rappelant les châtiments qui les attendaient : ceux que INinive, Athènes et Babylone avaient éprouvés. Il demandait aux gens de Neuss d’avoir pitié d’eux-mêmes, de se repentir quand il en était encore temps :
A mon euvre, de povre fait tissue,
^ œul mettre fin : de trop, souvent on hongne.
Cil qui les siens secourt et evertue Doint que l’orgœul de Nus soit abatue,
Au grant honneur du lion de Bourgoigne,
Et que tant bien prospéré sa besongne Qu’il soit auguste et preux nommé,
Et moy des aultres soie amé !
C est bien la le souhait d'un débutant auprès de son patron.
i. C est le nom d une célèbre bouche à feu bourguignonne. Elle fut perdue à Granson ( Chronique , I, p. rg4).
JEAN MOLINET R IIETOR 1 QUEUR
Mais qui devait maintenant l'arrêter, monseigneur Charles? Le voici au duché de Lorraine, espérant conquérir le comté de Vaudémont sur le duc René qui l'avait défié à feu et à sang devant Neuss. 11 poursuit les Allemands à Granson ; à Morat, il laisse son camp entre les mains des Suisses (1476). Et le voici à Nancy, avec ses lances diminuées d’Italiens, plein de mélancolie et de courroux. Car, depuis ses pertes de Granson, on le voyait parfois prendre un livre, faire semblant de lire, s’enfoncer obstinément dans sa pensée, se plaindre et se tirer les cheveux.
Sans se préoccuper du nombre de ses ennemis, le duc combattra, seul au besoin. Trahi par ses mercenaires, il est attaqué à l’arrière par les Lorrains, par le comte de Campo Basso qui barre le pont de la Bussière, dans les bois par les paysans1. Est-ce bien là une bataille ou une chasse? X coup sûr, une déconfiture totale. Car on ne sut même pas, tout d’abord, ce que le dieu de la guerre était devenu. On devait retrouver le corps de Charles, tout nu, avec quatorze autres dépouillés, parmi les gisants, ensanglanté de trois plaies mortelles: il avait la tête ouverte d’un coup de hallebarde et fendue jusqu’aux dents, une pique à travers les cuisses et une autre par le fondement.
Ainsi linit un riche et puissant prince, réveil de la Germanie et épouvantail des Français, que ses gens eux-mêmes eurent bien de la peine à reconnaître : à ce qu’il avait perdu ses dents de dessus; à sa blessure de Montlhéry; aux ongles qu’il portait si longs; à la fistule qu'il avait au bas ventre; à l’ongle incarné d'un orteil.
Alors Molinet écrira2 :
Puisque le duc perdy de Nansi la journée,
Justice trespassa, forte guerre fut née.
L’Eglise en a perdu ses rentes ceste année ;
Noblesse en a esté durement fortunée Et povres gens en ont très dure destinée.