Recueil d'arts de seconde rhétorique, p
3. Par Molinet. — Bibl. Nat., ms. fr. 1 2 4>>o , fol. io3vo-io/j (recueil formé par François Robertet, tout à fait au courant des choses littéraires de ce temps). Mais la pièce peut être lue en rétrogradant ; et elle donne un sens tout contraire. C’est ce que fait observer la rubrique du ms. de Tournai io5, fol. i65.
4. Ms. de Tournai io5, fol. 2qito : Les sept rondeaux sur ung rondeaux.
JEAN MOLINET RIlÉTORIQL EUR
Et Molinet *, en 1467, au moment où les Liégeois, pour la troisième fois, venaient de se révolter contre le duc de Bourgogne, à l'instigation de Louis XI, avait dénoncé et maudit le roi de France1 2. Il le nommait l'araignée universelle ; et c’est là une image hardie, d’un poète. Il lui rappelait aussi, la rage au cœur, que dans la maison de Bourgogne on n’empoisonnait pas3. Alors les lances et les francs-archers du roi de France allaient aborder les lionceaux de Bourgogne. Ce devait être un beau jour, bien digne d’être célébré, que celui-là :
Souffle, Triton, en ta bucce argentine;
Muse, en musant en ta doulce musette Donne louange et gloire celestine Au dieu Phébus, a la barbe roussette...
Et Molinet montrait son duc, « lyon rampant en croppe de montagne », qui avait combattu « l’universel araigne ». Pauvre « Cerf volant4 »,
Souef nourry, sans poison serpentine,
que le duc de Bourgogne avait porté à la couronne! Il voulait nous frapper de sa petite corne, disait le duc :
Ce sont povres remuneracions,
Mais Dieu, voyant mes operacions,
M’a fait avoir victoire en la Champaigne.
1. Cette pièce est publiée parmi celles de Chastellain sur la foi du ms. fr. 12788, fol. 1 29™ (Éd. Kervyn de Lettenhove, t. VII, p. 208-209). Mais le ms. fr. 1 2490 fol. 77, la donne formellement à Molinet. Et comme Robertet, dans le camp français, prit part à la querelle, on peut croire qu’il était bien informé. Ce ton haineux et partial n'a jamais été celui de Chastellain ; et le vers « Muse en musant en ta doulce musette » est une signature, ainsi que le calembour sur noisette (méprisable querelle).
2. Cette pièce a été publiée notamment par le Roux de Lincy, Recueil de chants historiques français, I, p. 371-372. — Jean Nicolay, de Tournai, à propos de la « Complainte de Justice » a dépeint Molinet comme « si affecté, aveuglé et endurci a la rébellion du party contraire de France que en toutes ses œuvres il yssoit de la voie de raison en chargeant et diffamant le roy... » ( Kalendrier des guerres de Tournay, au t. III d es Mémoires de la Soc. hist. de Tournai , p. 29).
3. Ailleurs, il fait allusion à un projet d’empoisonnement par Louis XI du duc de Bourgogne.
4. Celte appellation était courante pour désigner le roi de France.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Alors le duc vainqueur s’était retourné vers les révoltés, menaçant, héros incarnant à la fois Hector, Scipion et Arthur :
Tremblez, Liégeois! tremblez par légions !
Car vous verrez, si je veut ou je daigne,
Comme je suis en franches mansions Lyon rampant en croppe de montaigne !
Mais quand le duc de Bourgogne fut trouvé mort à Nancy, ce fut le tour d'un combattant français de chanter1 2 :
Ou est le parc orguilleux destendu ?
Le fier lyon ne l’a pas bien gardé...
Car, a la fin, il y est demouré,
Et les moutons, la toison et la laine !...