MOLINET PARMI LES SOUDARDS
Les années qui suivirent le désastre de Nancy furent remplies du mouvement des gens de guerre
Le roi Louis XI se mettait aussitôt en route pour l’Artois; le mardi de Pâques 1477, 3ooo cavaliers français, sous le comte de Dammartin et le seigneur d’Albret, firent même une course devant Valenciennes '. Nobles et gens de guerre, paysans et citadins, « fort animés sur les François », y lèvent l’étendard pour les combattre, se rassemblent au nombre de 3 000 : piquenaires, archers, arbalétriers, coulevriniers et hacquebutiers, marchent vers Solesmes. Ceux de Bouchain se rendent au roi ; Condé était incertaine ; le Quesnoy, enlevé d’assaut par les Français ; Valenciennes se fortifiait. Les blés
1. Le Roux de Lincy, Recueil de chants historiques français, I, p. 383. Cf. aussi dans le ms. fr. 2876 diverses pièces intéressantes sur la fin du Téméraire.
2. Chronique, t. II, p. 28. — Simon Le Boucq a conservé de précieuses délibérations municipales qui montrent bien l’esprit de la ville. On tint conseil de guerre. Les remparts furent gardés, les chaînes tendues au travers des rues. Les compagnons étrangers furent même obligés au service de garde et les filles amoureuses, qui étaient au nombre de 1 600 à 1 700, étaient réquisitionnées pour porter des pierres et ustensiles pour repousser un assaut (Ms. de Valenciennes 672, fol. 243).
JEAN MOLINET RHETORIQUEUR
brûlaient autour de Saint-Omer. Les archers de France criblaient de ilèches les Suisses, s’emparaient de leurs guidons -et, au son de leurs gros tambourins, rentraient joyeusement dans Thérouanne ; Avesnes était assiégée.
Furieux du mariage de Marie de Bourgogne, par lequel elle lui échappait, le roi Louis laissait ses archers commettre toutes sortes d’exactions. Molinet les dénombre emphatiquement : défloration de vierges, effusion de sang innocent, déprédation d’hôpitaux, spoliation de matrones, incarcération de jouvenceaux, incendies d'églises, dévastation de tout un pays par le feu et l’épée, tel est le bilan de cette guerre atroce. ((Bref, toute espece de cruaulté que les tyrans payens souloient anciennement faire aux chrestiens, les François en passionnoient les Bourguignons1... »
Et les villes se mutinaient alors ; les petits se soulevaient contre les grands; « le commun vouloit suppediter les nobles, reformer les officiers et collecteurs des subsides et aides qui s’estoient faictes pour soustenir les guerres2». Les villes s’attaquaient aux nobles; le roi s’attaqua aux villes. Et parce que Valenciennes et Douai n’admiraient en rien sa puissance, mais entretenaient des gens d’armes, piquenaires, archers, Suisses et haquebutiers, pour se venger d’eux, au mois de juillet 1477, alors fllie 10S blés étaient verts, le roi Louis assemblait plus de 10000 faucheurs qu’il envoyait au Quesnoy où ils firent d’horribles ravages sous le rideau protecteur des francs-archers. Pendant trois jours, à deux ou trois lieues autour de Valenciennes, on vit ce spectacle terrible : les Français fauchant les biens que Dieu nous a donnés dans sa clémence !
Et maintenant les Français attaquaient Valenciennes3, la cité hère et forte, refuge des gens du Hainaut, la première cité qui avait levé l’étendard. Le feu était mis à l’abbaye et