Ms. pitraces. — 4. Ms. fr. 2200 : panses
JEAN M0L1XET RHETORIQUEU R
S’il est pillard agrapillant,
Il pillera sa pillerie,
Et l’autre, qui fut espillant,
Sera noyiét en pillerie.
Je laisse au bourreau, s'il est prest,
Ung cent de cauclies bigarrées De ceulx qui auront, cy apprés,
Des corbaux panches deschirés;
Et aux hardeaux, portans espées,
Comme terribles applicquans,
De nuyt trois ou quattre crupées S’on les trouve par les clicquans1.
Je laisse a tous mes agrippars Saisines et possessions De fourches, gibés et liappars,
Pour y faire leurs mansions.
A ceulx qui compositions
Font aux gens et plusseurs travaux,
Les propres bénédictions
Qu’on donne aux marchans de chevaulx.
Je laisse aux vieulx2 souldars sans dens, Bien tailliét d’estre mal souppé,
Lesquelz, par bien donner dedens,
Ont plusseurs membres decoppés,
Les mains et les poings agriffés Par approucher les horions,
Et les aultres,fort brelafés,
Plaindans leurs genitoirions.
Je laisse aux joieuses fillettes Suivant armées fort inclines De humer les œufz des poulletes Et rostir les crasses gelines;
Puisque cy après seront dignes De brimber en plusseurs quartiers,
Je feray tendre leurs gourdines Aux gargattes de ces moustiers3.
Je laisse a ceulx qui, sans raison,
Ont ravy les biens de ce monde,
Vrais heritiers de la maison De l’Ennemy, ort et immonde,
i. Ms. dessus les rendz. — 2. Ms. Aucuns saudars.
3. Leçon de l’éd. de i53i. Ms. aux liuyz et portes des moustiers.
HISTOIRE POÉTIQUE DU X\e SIECLE
Qui sur1 la pillade se fonde,
Et veult d’aultruy l’argent despendre,
Il se lance en bourbe parfonde,
Car, en fin, convient rendre ou pendre !...
Elle date aussi de cette affreuse période des guerres La Letanie 2, parodie spirituelle, et non sans vigueur, composée peu de temps avant i4§23 :
Mon vray Dieu, Kyrie leison,
Povres gens sont fort esbahis,
Il n’est justice ne raison Qui s’ose tenir au païs...
Kyrie leison que feront
Gens du plat pays s’il n’est paix!'
Plus grant martire souffriront Que chiens de ruez mis aux abais. ..
Molinet disait les celliers sans blé, les coffres vides :
Saint Michel, qui jadis boutastes L’Ennemy hors de gloire munde,
Prenez la guerre par les pattes,
Si l’expulsefz] hors de ce monde!...
Chaque saint avait là, on l’entend bien, son office aimable et plaisant. A Dieu, Molinet demandait naturellement la paix ;
Les bergeres, fort proprettes,
Puissent cueillir les flourettes Aulx très doulx sons du flageolz ;
Et puissent en leurs chambrettes Jouyr de leurs amourettes :
Te rogamus audi nos !
De tonnoire, de batailles Descervellees, espou vantail les,
D’ung ivrongne habandonné,
i. Ms. Soubz.
a. Faiclz et dictz, fol. ioi ; manuscrit James de Rothshhild, fol. 161.
3. Il y a une allusion, en effet, à la paix entre deux rois, et il y est question de pillages des Allemands signalés en i48i ( Chronique , t. II, p. 272, 277). Ms. de Tour nai io5, fol. 1 7 9V0 : Letania minor.
De grans ilateurs, de sotailles,
De gabelles et de tailles,
Libéra nos, Domine!
De femme trop rioteuse,
De vieille jument boiteuse,
De manger empoisonné,
De chamberiere mal soigneuse,
Et de fourniere rongneuse,
Libéra nos. Domine!
De vermine fort coueé,
De chemise renouée,
D’estre povrement disné,
De viande mal arrée,
Et de chausse dessirée,
Libéra nos, Domine!
Et de ce temps encore date le Confiteor1 pour saluer la paix de France2 et aussi les gendarmes qui s’en allaient, enfin, au diable !
LA « REFULGENTE MAISON DE BOURGOGNE. » — LE NAUFRAGE D UNE PUCELLE. - LES LIONS ET LES AIGLES
Bourguignon, on l’a vu, Molinet l’était sans mesure, partialement. Et, jusqu’à son dernier jour, la « refulgente maison du seigneur et due de Bourgongne3 », assise sur le sommet des montagnes, fut l'objel de ses compositions solennelles, courtoises, ennuyeuses, qui brillent d’un éclat emprunté, mais d’un sentiment, on peut l’affirmer, tout à fait sincère4 :
Vive toute fleur de noblesse,
Vive qui tient le bon parti !
1. Faiclz et dictz, fol. i33vo. — La ballade de Molinet fort excellente (manuscrit de James de Rothschild, fol. 48), « Pour chiere faire et demener grand glay » date de ce temps d’été, si chaud, où fut signé la paix. Molinet y faisait un éloge senti de l’archiduc. Cette ballade est rimée en rébus dans le ms. de Tournai io5,fol. 228.
2. Paix d’Arras, en 1482. — Voir aussi la Lectre... a Me Guerard de Watielles, docteur en medecine (Ms. de Tournai io5, fol. 2 2or0) ; les diverses pronoslications flbid.r
fol. 288-289); les railleries cruelles sur la réception des Français à Arras (Ibid. loi. 28Svo : Nouvelles...) — 3. Chronique, prologue, t. I, p. 9-1 4.