E. Langlois, Arts de seconde Rhétorique, p
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
On a dit que le hasard de démarches heureuses, à la suite desquelles il fut recueilli par la maison de Bourgogne, lit de Jean Molinet un bourguignon h II l’était par le sang et le cœur. Molinet a parlé de ses maîtres avec une emphase forcée, certes; mais il en a parlé aussi avec beaucoup de tendresse et de sincérité1 2, à propos de Philippe le Bon, par exemple3 :
O Philippes, juste, bon et prudent.
L’àge de Philippe le Bon, ce temps passé, lui semblera d’ailleurs, une époque merveilleuse4 :
Qu’est devenu le temps du bon bergier,
Le très bon duc Plielippe de Bourgongne,
Qui ne laissoit, pour le conte abregier,
Les mauvais loups en noz champs herbegier,
Ains les chassoit plus loing qu’en Castelongne P
Et c’est un bourguignon vibrant qui invite5 les
Hardis lyons, Flamens, Lucembourgeois,
Piquars, Rolans, Hannuyers, Scipions,
Ceulx d’Austriche, Brabant, fors champions,
Rocz et pions, Lembourg et Ilollandois,
à joindre leurs pleurs aux siens. Tel Jean Molinet se montre dans les grands vers où il faisait parler Philippe6 :
J’ay creu ma seigneurie de Brabant, de Limbourg,
Namur, Haynau, Hollande, Zelande et Lucembourg.
Contrariés si m’y ont Allemans et Anglois;
Déboutez je les ay, par armes et par droictz.
Du mesme temps, François, Angles me delierent,
Et l’Empereur aussy; du mien riens ne gaignerent...
Par trois fois fut requis pour gouverner l’empire...