Faicts et dictz, fol. 56r
6. Ibid , fol. 4 1 vo ; cette pièce se lit dans le manuscrit delà Bibl. Nat., fr. s375 fol. Si : L’Epitaphe du duc Philippe de Bourgogne. - — Les vers du drame historique
d'Hugo ne sont pas différents.
Mais par Charles septiesme j’euz guerre a grant desroy.
Il me requist de paix, dont il demoura roy...
Loys, filz dudict Charles, fugitif et marry,
Futparmoy couronné, quant cinq ans l’euz nourry.
Edouard duc d’Iorch chassé vint en ma terre :
Par mon port et faveur il fut roy d’Angleterre.
Nous avons noté déjà l’opprobre dont Molinet marquait le roi Louis. Par contre, Charles le Téméraire, le Hardi, est présenté comme un précieux diamant, un noble lion, un preux, un magnanime. Les faucheurs du roi Louis demeuraient dans l’esprit de Molinet comme des figures de cauchemar. A cette pensée, il ne pouvait se contenir. Et Jean Molinet dénonçait alors la « francigene nation, jadis issue de chambre Troyenne, portée au ventre de Germanie »; il désignait les « Franchois », que suivant le grec on aurait dû écrire « Ferochois », comme des gens cruels et « pleins de mortelle férocité ». Car ceux-là avaient voulu « dégrader le sainct image impérial... pour y planter et exalter leur idole babillonique ». Comme le peuple de Dieu, travaillé jadis par la main du roi Pharaon, ainsi demeuraient en servitude les « povres subgects de la maison de Bourgoigne1 ».
À la mort du duc Charles, l’épouvante se répandit à travers la Bourgogne qui demeurait comme la brebis sans pasteur. La duchesse, sa veuve, et mademoiselle Marie, sa fille, se réfugiaient à Gand, sous bonne garde.
Quant au roi de France, averti des événements par ses émissaires, il voyait venir l'heure de son triomphe 2. 11 faisait demander le comté de Boulogne, la rivière de la Somme, six cent mille écus ; et la demoiselle aussi pour la marier à sa volonté, c’est-à-dire avec son fils. Le roi Louis envahissait l’Artois, levait des armées, usant aussi de « sa tant douce parole », endormeuse comme le chant de la sirène.
Alors mademoiselle Marie de Bourgogne apparaissait à Jean Molinet, telle une Pucelle faisant naufrage sur la nef de
i. Chronique, t. II, p. 8a. — 2. Ibid., t. II, p. 5^.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Bourgogne. Gomme elle était douce et bonn , celle qui portait le nom que répètent les anges!
Car c’est bien elle, cette « Marie sans m; ri », qui apparaît dans le symbolique Nau frage de la Pucelle1, étrange poème en prose mêlé de vers, obscur comme une devinette2. Sur les Ilots soulevés, dans la galère magnifique, nous la voyons. Et nous voyons son écuyer, Cueur Loyal; la Gente Demoiselle; Communauté, la femme barbare. Tel un autre saint Georges, le glorieux écuyer l’arrachait d’entre les mâchoires de la baleine. Alors la victime était reçue à grand’joie et Molinet le disait3 :
Ainsi rymant sur la marine Escrivy le doulx et l’amer Sans flater parin ne marine,
De ce que je veiz en la mer,
A celle que je veulx amer Le présenté en sa nacelle :
C’est qui ainsy le veull nommer Le nauffraige de la Pucelle.
Ce sauveteur chevaleresque, c’était Maximilien, le fils magnifique de l’empereur avare, le sage époux qui allait épouser Marie de Bourgogne, à Gand4, au grand déplaisir du roi Louis XI. C’est vrai qu’il y eut là des noces superbes, que les bonnes gens y prièrent les mains jointes, que bien des larmes mouillèrent les yeux. « Et les bouches qui povoient parler disoient: Vive Bourgogne! Vive qui est venu ! Vive Maximilianus 3 ! »
1. Le manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fr. 14980, qui a conservé ce poème est un précieux exemplaire, orné de dessins fort intéressants. Fol. 1, la nef pavoisée à l’écu de Bourgogne ; fol. i6r0, sauvetage de Noblesse par Cueur Loyal ; fol. 19, l’auteur. — Ce poème se lit dans les Faictz et diclz, fol. 127; manuscrit James de Roth. schi!d,fol. 1 77 ; ms. de Tournai io5, fol. iioro.
2. Mais Molinet a donné la clef de l’énigme dans sa Chronique : « Et comme j ai poétiquement escript ou Naujrage de la Pucelle, il (le roi Louis XI) saisit villes et chasteaulx, desquels, le duc vivant, il n’osoit regarder creteaux » (II, p. 83-85).
3. Ms. de Tournai ioâ, fol. 119; je suis le texte du ms. fr. 14980.
4. 19 août 1477. Le poème a été écrit très peu de temps après.