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Chronique , t. III, p. 3i

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

l’empereur, son grand-père, qu’accompagnait, sur un chariot, le roi des Romains1. Contempler de si grands personnages, d’un même sang, mettait les larmes aux yeux. Et certains disaient : « Veez-ci ligure de la Trinité, le Pere, le Fils et Sainct Esperit ». Molinet, le plus simple de tous, composait une « similitude » sur le Paradis terrestre 2. On succombe : les astres, les climats, le soleil et les étoiles, tout y passe, dans un inutile rutilement. Ainsi Molinet esquisse son Triomphe de Maximilien :

L’ennemy tremble, te grand turc s’estrangle,

Car bien luy semble estre mact et confuz :

Chantons Noël et faisons de grandz feuz!

Or, Maximilien allait, avec une puissante armée de quatre mille Suisses, autant de lansquenets allemands, picards, gens de Hainaut, quinze mille cavaliers vers Arques et Saint-Omer3. Et « la renommée des haults triumphes et magnificences que le roi des Romains avoit receu a son élection et couronnement estoit tellement espandue par pays, non seullement es limites de ces alliez et bienvoeillans, mais aussi es régions de ses adversaires et nuysans, que ce bruit causa leesse a ses amys et tristesse a ses ennemis, redoublement d’honneur aux bons subjects féaulx, reboutement d’orgoeil aux haineux capitaulx; et sembloit a ceulx qui desiroient l’augmentation de son nom et gloire, ensemble le decorement des flamboyans royaulx florons de sa couronne que, s'il voloit poursuyvir, riens ne luy seroit impossible... ».

Autour de Maubeuge et d’Avesnes, les Allemands pillent. Le roi des Romains ravitaille Thérouanne. Mais les Français prenaient Saint-Omer et ils délivraient Thérouanne.

1. Chronique, t. III, p. 98, ad. a., i486. Voir le charmant portrait de Philippe le Beau à vingt ans.

2. Insérée dans sa Chronique, t. III, p. 99-117. Cf. la Trinité (Bibl. Nat., ms. fr. 2200 fol. 87) :

Gentilz bergiers desirans vivre en paix...

On voit, au fol. i3r0 du ms. de Tournai io5, la représentation naïve d’un de ces bergers. — 3. 1487. Chronique , t. III, p. 122. — 4. Bibl. nat., ms. fr. 5 6 1 8 , fol. 1 84.

JE AiN MOLINET R HE T OR I QUE UR

Triomphes de Maximilien, des mots, des phrases creuses, de magnifiques dessins, une mascarade superbe, un noble bœuf gras 1 !

Car, en 1487, le peuple de Bruges avait déployé ses bannières sur le marché, en face de ses Allemands qui jouaient avec leurs piques; et l'archiduc était fait prisonnier en son hôtel. Le très sacré roi des Romains devait s’incliner devant l’émeute. Les Gantois donnaient la main à ceux de Bruges. Puis Coppenolle survenait avec des Français : il apportait la paix de France. On sonnait les cloches du beffroi; les ménétriers jouaient des motets ; les Allemands pensionnés étaient chassés des offices. Et il obtenait licence, le triomphant roi des Romains, de pouvoir tout simplement rentrer chez lui 2.

Voilà le héros de Jean Molinet, son bel archiduc3!

Mais un pensionné et partial écrivain comme Jean Molinet attend sa revanche. Or, en 1492, le « bâton de justice » vient de frapper Gand4. Les grosses têtes des mutins sont sous le tranchant. Alors Jean Molinet invente le Jeu de palme 5 et il lance les invitations suivantes :

Vous qui voilés d’honneur porter la palme,

Acquérir bruit soubz le septre romain,

Venés esbatre et jouer a la palme.

Car l’archiduc d’Austriche a Gand en main,

Qui estoit dur, roide, fort inhumain,

A la main gauche et de fachon estroicte.

Mais aujourd’huy, sans attendre a demain,

Est retourné a la bonne main droicte.

Il disait son espoir de voir les trois rois

1. Voir la reproduction du Triumph des Kaisers Maximilian I. Wien, 1 883-1 884, a vol. in-fol.

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