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Prologue, p

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Le mystère d’Arnoul Greban est bien ce livre approuvé et orthodoxe; un livre d’église, soumis modestement à l’Eglise par son auteur, mais sur lequel elle n'aura pas à exercer son office de censure 1 :

Se riens avons dit ou escript,

Ou mal fait ou ordonné,

Pour Dieu qu'il nous soit pardonné :

Le vray sentier voulons tenir Sans faulte ou erreur soustenir ;

S’erreur disons ou expliquons Des maintenant la révoquons,

Soubmetlans nos fais et nos signes A vos corrections bénignes,

Ou a ceulx qui parceu l’aront,

Ou qui mieulx faire le sçaront :

Nous contendons cliascun en soy Tenir chemin de vraye foy...

Un livre d'images, conforme à l’Écriture, aux récits évangéliques2, tout à fait propre à édifier les coeurs dévots, tel est encore le Mystère de la Passion. Et le drame chrétien, comme le drame grec, nous offre la fusion de différents arts.

Cette conception, très artistique, a été réalisée de la façon la plus attachante dans le Mystère de la Passion d'Arnoul Greban: une personnalité, haute et curieuse, qu'on voudrait bien voir sortir de l'ombre, tant on la devine riche et probe.

Les documents découverts jusqu’à ce jour sur maître Arnoul Greban ne le permettent guère3.

Au témoignage de Clément Marot4, Arnoul Greban et Simon, son frère, étaient Manceaux :

i. Prologue final, p. 45i. — 2. P. 2.

3. L’origine de l’information reproduite par les frères Parfaict ( Histoire du Théâtre jrançois, t. II, 1745, p. 234-236) et par tous ceux qui ont parlé de Greban remonte

à François Grudé, surnommé La Croix du Maine, né au Mans en 1602.

4. Épigramme à Salel. — Cf. Estienne Pasquier, Œuvres, Amsterdam, 1723, col. 699 (1. VII, ch. 5).

ARNOUL GREBAN

De Jean de Meun s’enile le cours de Loire ;

En maistre Alain Normandie prend gloire, Et plainct encore mon arbre paternel ; Octavian rend Cognac eternel ;

De Moulinet, de Jean le Maire et Georges, Ceulx de Uaynault chantent a pleines gorges ; Villon, Crétin, ont Paris décoré ;

Les deux Grebans ont le Mans honoré...

Et Joachim du Bellay, s’adressant à la ville du Mans, l’invitait à renoncer à se glorifier d’avoir produit seulement les Greban, quand elle pouvait prendre encore pour champion, Jacques Peletier, son ami :

Cesse, le Mans, cesse de prendre gloire En tes Grebans, ces deux divins espritz1...

Rien, jusqu'à présent, n’autorise à mettre en doute le renseignement donné par Clément Marot, nourri par son père dans la tradition littéraire du quinzième siècle, et que confirme Joachim du Bellay2.

Mais ce qui est certain, c’est qu’Arnoul Greban, né au Mans, vécut longtemps à Paris et qu’il y poursuivit ses études de lettres. 11 a dû être reçu maître avant 1 444 • Car son nom ne se rencontre pas sur le registre de la Nation de France pour la Faculté des Arts que nous avons conservé ( 1 444- t 456) 3. Comme pour être admis à la maîtrise il fallait avoir vingt et un ans accomplis, on peut croire qu’Arnoul Greban n'a pas dû naître après l’an 1420.

1. Œuvres poétiques de Jacques Peletier du Mans, Paris, i547 fol. io3 (Cité par G. Paris et G. Raynaud, op. cit., p. 6-7).

2. On doit à La Croix du Maine, l’auteur de la Bibliothèque françoise publiée en i5S4, la confusion inexplicable de Simon Greban avec Simon de Compiègne, et le renseignement, erroné et tant de fois reproduit, qui fait naître les Greban à Compiègne. Tout ce que dit dom Piolin dans son Histoire de l'Église du Mans, t. V ; dans les Recherches sur les mystères qui ont été représentés dans le Maine ( Revue d 3 l'Anjou et du Maine, t. III et IV) est sans aucune exactitude. Ces erreurs déparent P Histoire littéraire du Maine d’IIauréau, t. III.

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