‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 15 sur 183 · Bibliothèque de la Sorbonne · texte numérisé non relu

Bibliothèque de la Sorbonne

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Le registre de la Faculté de théologie de Paris1, au mois d’août i456, donne encore à Arnoul Greban le titre de maître, ce qui indique qu'il était toujours maître ès arts. On voit qu’il commença de suivre son premier cours en théologie, le 28 septembre, sous maître Thomas de Courcelles; à cette occasion, il paya 20 s. p.

Ce Thomas de Courcelles, homme scientifique et très éloquent, originaire d’Amiens, chanoine de Notre-Dame depuis i447, chargé de tant de missions auprès du pape et l’un des zélés défenseurs de l’Eglise gallicane, n’est autre que l’homme de confiance de Pierre Cauchon, celui qui avait traduit en latin le procès de Jeanne d’Arc, l’orateur qui prononcera l’oraison funèbre de Charles VII à Saint-Denis, le doyen qui reposera dans une chapelle de Notre-Dame 2.

Ainsi fut nourri de belles-lettres, d’éloquence et de science théologique, maître Arnoul Greban, sur la montagne Sainte- Geneviève, au temps où François Villon et ses compagnons, profitant des troubles universitaires, décrochaient les enseignes de Paris et les mariaient, déplaçaient les bornes. Il y eut toujours des écoliers sages et d’autres fous. Maître Arnoul, sous Thomas de Courcelles, grandit en science et en éloquence.

Mais du Paris turbulent et dissipé de la montagne Sainte- Geneviève, nous pourrions bien trouver dans son œuvre quelques souvenirs. C’est un fait que, dans la partie familière et comique du Mystère de la Passion, celle qui divertissait peut-être le plus ses auditeurs du peuple, l’auteur a prouvé qu’il connaissait à fond les mœurs et la langue de la rue, le jargon des tavernes et même celui des brelans et des prisons. Tout comme François Villon, Arnoul Greban a bien observé la ville3; il y a écouté les gens parler. Comme les Lais et le

1 . Bibl. Nat., ms. 1 at . , 5657e fol. 32ro (G. Pariset G. Raynaud., op. cil., p. 1 1 i).

2. Voir la pierre tombale que j’ai publiée en tête du Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, I, texte latin, et la note 6g, II.

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