‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 145 sur 183 · Pape-lard · texte numérisé non relu

Pape-lard

qu il rencontrait parmi les rues : or on lui avait brûlé les paupières et ses entrailles étaient restées aux mains des <( ordes » tripières. Ce pauvre, martyr durant sa vie, méritait du moins, après sa mort, d’aller avec les parfaits,

Tout droit au paradis des truyez.

Et voici la généalogie du saint homme :

De ce sainct papelart yssy Noble dame Saincte Vessye ;

Dame Saussice en vint aussy Qui la pance avoit bien tesye ;

Dame Ratte, mole que mye,

Dant Orillart, dan Jhan Rongnon,

Dan Jhan Grongnet ne fally mye Ne dan Coisne, son compaignon.

Il donnait enfin absolution à ceux qui buvaient de grandes chopines à s’en crever la panse :

Ce papelart donra pardon Aux seigneurs, pages et valetz,

Qui luy font offrandes et dons :

Logiés les en vostre palays.

Mais gardés que ceulx de Calés Ou d’Arras, qui furent pylars,

Ne luy rongent les bracheletz :

Il devenroyent papelars...

Voilà ce qu’un grand prélat du Hainaut, un métropolitain certainement, entendait de la bouche de Jean Molinet... Et l’on devait bien rire entre porteurs d'aumusses.

Lisons dans cet esprit les Neuf preux de gourmandise V dont les paroles sont toutes authentiquées par le numéro des versets de la Bible en références :

Je suis Noé qui plantay2 La vigne après le deluge.

i. Manuscrit James de Rothschild, fol. a8v0;ms. de Tournai io5, fol. i55; Faictz et dictz, fol. 86v0 ; A. de Montaiglon, Recueil de poésies françaises, t. II, p. 38-4i. a. On peut trouver ici comme un souvenir de Villon ; voir aussi le couplet d’Ammon

382 HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

J’en tiray vin et goustay :

Tant en mon ventre en boutny Que dormir fut mon reffuge.

De Cam, mon filz, raillé fuz je Qui perceut mes genitoires:

Mauldit fus pour mes boytoires !

Et Loth, Nabal, Ammon, llela, Iloloferne, Simon Macchabée, d’autres ivrognes à qui malheur arriva, viennent nous faire entendre des propos analogues. Se procurer du vin à Valenciennes a été l’une des préoccupations de Jean Molinet. On le vendait à l’étaple, le samedi. La vigne était cultivée autour de la cité, mais c’est du vert jus qui pouvait bien y être habituellement récolté1. Et ces vins de la Somme, du Beauvaisrs etdu Laonnais étaient tout juste propres à donner le frisson2. Le bon vin offert aux entrées par la municipalité était du Beaune. On l’appréciait fort en cette froide région. Car c'est bien Molinet qui nous parle dans le beau Chant de la pie 3 :

Par le bon vin boire,

Engien et mémoire Souvent aguison.

La tasse et le voire Luysant comme yvoirre A le foys brison...

Grande narrinée De bonne vinée Prouffite au matin...

Quant au Roy de la pye, Molinet lui faisait aussi publier un Mandement de ft'oidure 4 : pièce libre, d’une verve admi-

qui en est un rappel évident. A rapprocher de la pièce : « Je suis Noé qui apres le deluge » (Bibl. Nat., ms. fr. 2875, fol. i84).

1. H. d’Outreman, Histoire de Valentiennes, p. 246 ; E. Bouton, Les Vignobles de Valenciennes, dans les Mémoires historiques sur l'arrondissement, t. Il, 1868, p. 197-

2. Didier ad cause des vins vers (Ms. de Tournai io5, fol. 177).

3. Bibl. Nat., ms. fr. 19165 fol. 24 (Marcel Schwob, Le Parnasse salyrique, p. 169). Pier, en jargon, c’est boire ; les pions sont les buveurs. — Le roy de la pye, à qui ce morceau est adressé, est le président des buveurs. La pièce est postérieure à l’année 1482, date du moment où l’on parla de la croisade contre les Turcs; vers r 4 9 4 ?

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