‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 150 sur 183 · J’ay entendu, tant de clercz que de laiz · texte numérisé non relu

J’ay entendu, tant de clercz que de laiz

Que tu ne tiens d’homme qui vive compte.

Pour l’office du president des lays.... (fol. 114;.

4. E. Droz, Jean Castel, chroniqueur de France, Paris, igai, p. 17-18. (Exlr. du Bulletin philologique et historique.) — 5. Faictz et dictz, fol. ni.

6. Epître datée du i3 août à Lyon. Vers 1 4 9 S suivant M. Guy, op. cit., p. 225 .

7. Magistro Ludovico Compere, Faictz et dictz, fol. 118; manuscrit James de Rothschild, fol. ig4V0. — D’une famille de Saint-Omer ( Chronique , IV, 2 9 5 ) , il mourut chanoine et chancelier de Saint-Quentin, le 16 août i5i8 (G. Crétin, Déploration... éd.Thoinan, p. 45). — 8. Jean Lemaire, Œuvres, t. III, p, ni.

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Compere, vous passez le [temps] 1 En amours, comme je sup [pose];

Vous nourrissez les bien chan [tants]

De l’art que vostre engin com [pose]...

Mais à Jean Molinet, Vieillesse avait imposé silence et fermé la bouche, depuis sept ou huit ans déjà. Il avait mal aux yeux; il s avançait en touchant de la main les parois de sa chambre ;

Pour estre aveugle me dis [pose] ;

Ne me comptez des frequen [tans]

La Bassée : je me re [pose] !

A vrai dire, Jean Molinet ne composait plus guère que des jeux, des devinettes où sa virtuosité se joue encore de la rime qu'il avait soumise, des rébus même Pourquoi nous montrer plus difficiles, à propos de ces facéties, que le musicien Loyset Compère, Antoine Rusnois, ou Florimond Robertet P Rabelais, qui était un artiste, je pense, s’en amusait3. Il pouvait bien apprécier l’antique Jean Molinet, qu’il na cependant jamais nommé4. Il lui a, peut être indirectement, emprunté ce procédédela répétition verbale qui donne beaucoup de mouvement à sa prose; car Rabelais avait lu le moderne Jean Lemaire5.

1. Un temps et une pause étaient dessinés à la fin du vers (Ms. de Tournai io5, fol. 3 S 4V0 : Une leclre a Me Loys Compere).

2. Manuscrit James de Rothschild, fol. 88 : Lettre missive; fol. 8g: Response; fol. 88 : fatras. — Voir aussi les rébus du ms. fr. igi65, fol. 33-36.

3. Beroalde de Vervîlle du moins a reproduit un équivoque quatrain (Picot, Catalogue James de Rothschild, t. I, p. 276).

4. Je ne comprends pas comment Buchon a pu écrire : a Même dans son style historique, J. Molinet a conservé de nombreuses traces de cette ridicule affectation de bel esprit, qui lui a justement attiré les sarcasmes du mordant et spirituel Rabelais » (Notice sur Jean Molinet en tête des Chroniques, t. I, p. 8). Rabelais n’a jamais parlé de Molinet qu'il pouvait bien d’ailleurs admirer. — 11 a nommé Jean Lemaire et lait allusion au contempteur de la papauté (liv. III, ch. xxx). M. Abel Lefranc a voulu reconnaître Jean Lemaire dans le vieux poète Raminagrobis ( Revue, des Études Rabelaisiennes, t. IX, 1911, p. 1 4 4 ) . Mais le rondeau allégué est indubitablement de Crétin qui séjourna à Lyon, mourut vieux (en iÔ2Ô), tandis que Lemaire mourut entre quarante et cinquante ans (il disparaît après i5i4). Cf. II. Guy, l’École des Rhétoriqueurs, nos 364, i4aS, 452.

5. Lemaire s’est nommé d’ailleurs, très justement, l’élève de Molinet, à qui il a beaucoup emprunté : ce n’est pas le meilleur de son oeuvre.

JEAN MOLINET RIIETORIQUELÎR 3<)I

Laissons alors Jean Molinet en paix; laissons-le regarder son chat qui était blanc 1 :

Ce cat nonne vient de Calais,

Sa mere fut Cathau la bleue:

C’est du lignaige des Anglois,

Car il porte très longue queue 2 !

Ce cat nonne, quant il s’engaigne,

Destruyct araignes et vermynes :

C’est parent au duc de Bretaigne,

Fourré de très nobles hermynes.

Il couchait sur cendre et sur braise, savait son cathonnet, aimait le fromage. Ce « chanoine » allait les pieds déchaussés et, chose admirable, ne maniait point d’argent !

Ce cat nonne, frere convers,

Menge herbe, pois, pains et paste ;

Mais, s’il trouve potz descouvers,

Il y boutte groing, pied et patte.

Il faisait sanglante guerre aux gens d'Arras (les rats !)

Ce cat nonne, dévot et saige,

S’endort disant ses patenostres,

Et de sa patte son visaige

Lave, aussy bien que l’ung des nostres...

Ce cat nonne, plein de vertu,

Vous recommande son affaire ;

Le vêla chaussé et vestu :

Prenez en gré ce qu’il sçait faire.

Ce « cat nonne », ce chat blanc, comme il ressemble au vieux Jean Molinet, chanoine!

1. a Le présent d’ung cat nonne », Faictz et dictz, fol. 1 1 7 ; « Le présent d’un cat nommé Molinet», manuscrit James de Rothschild, fol. 7 5 ; ms. de Tournai io5, fol. 265 : « Le présent d’ung cat noue. »

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