‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 175 sur 183 · E. Lauglois, op. cit., p. a4q · texte numérisé non relu

E. Lauglois, op. cit., p. a4q

JEAN MOLINET RHETORIQUEUR \t\ I

Il est absoluinenl inutile d'insister sur tant de défauts évidents l. Mais Jean Molinet a vécu à une époque ambiguë, d’un mauvais goût et d’une virtuosité extrêmes. Quant au travail qu'il a exercé sur les mots et les rythmes, il ne devait pas être perdu, on le verra tout à l’heure.

Mais la plupart des artistes du temps de Molinet ont été surtout des virtuoses. Nous n'y prenons pas garde (la chose est si bien faite!) quand, sur les miniatures d un Alexandre Bening, nous voyons tant de petites figures satiriques et comiques orner les marges des manuscrits : fleurs, oiseaux, fraises, papillons, qui cherchent à faire illusion; des objets, des natures mortes,’ vases, pots, plumes de paon, faïences, bijoux, perles, qui n’ont souvent aucun rapport avec le sujet, avec l’ensemble même de la représentation.

Enfin, à côté du poète épris des recherches verbales, il y a toujours chez Jean Molinet l’homme du Nord au génie caricatural très spécial; un vrai réaliste qui a dessiné la guerre comme Peter Breughelet dont l’art, grimaçant et expressif, est si proche de celui de son contemporain, Jérôme Bosch2.

Les poèmes de Molinet furent assez appréciés 3 pour avoir quatre fois au moins les honneurs de l’impression. La première fois, à Paris, en i53r, chez Jean Longis, libraire, qui en donna une admirable édition de format in-folio en lettres gothiques (choix qui n’est malheureusement pas correctement publié ni conforme à l’esprit du vieux maître de « bonne mémoire»)4. Deux autres éditions parurent en 1 537 chez Jean

i. On les retrouvera chez les romantiques attardés et chez certains Parnassiens.

a. En i5o4, Jerouimus VanÆken dit Bosch, peintre demeurant à Bois-le-Duc, reçoit 36 livres pour son grand tableau du jugement de Dieu (Arch. du Nord, B. 2i85). Voir au Musée deGandle Christ portant sa croix.

3. Un chapelain d’Arras, Jean Garet, entre i52o et i5a6, recueillit le précieux exemplaire manuscrit qui est aujourd’hui à la Bibliothèque James de Rothschild. Ce religieux a peut-être connu Molinet. C’était, dans tous les cas, un de ses admirateurs car il a noté soigneusement sur une table de cet exemplaire les vers qui étaient « en -on grand Molinet », copie aujourd'hui perdue. — l!n autre admirateur était l’ami Philippe de Fenin d’Arras à qui l’on doit l’admirable manuscrit de Tournai n° io5.

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