‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 20 sur 183 · Arch. Nat., LL · texte numérisé non relu

Arch. Nat., LL

3. Ils étaient huit en 1 4 3 7 , y compris le spé, c’est-à-dire le plus ancien des enfants qui suivait immédiatement le plus jeune des chanoines, et qui était comme un délégué du maitre. En i46g, nous trouvons encore ce chiffre de huit. Au dixseptième siècle, Notre-Dame aura douze enfants de chœur.

4. On le verra, Watrée ne fut pas plus heureux entre 1 4 5 5 et i457. On ne trouva

ARNOUL GREBAN

Le travail en collaboration du vieux Raoul le Fourbeur et de maître Arnoul Greban ne devait pas durer bien longtemps. Le 2 4 septembre i45i, Arnoul Greban remplaça Raoul le Fourbeur comme maître des enfants de chœur à Notre-Dame. A ce titre, il habitait avec eux une maison du cloître et il s'occupait de l’administration de leurs intérêts. Il assumait en somme cette double instruction, la charge de la direction avec toutes les obligations qu'elle comportait, tandis que Raoul le Fourbeur allait se retirer comme chanoine semi-prébendé de Saint-Aignan.

On ne peut le nier : c'était un honneur de tenir l’orgue de Notre-Dame, dont la maîtrise était par ailleurs renommée1. C’est à Notre-Dame que maître Léonin, organiste, avait écrit, au xne siècle, le premier « livre d’orgue » ; et maître Pérotin y avait créé la musique polyphonique. Les prédécesseurs immédiats d’Arnoul Greban avaient été maître Régnault de Reims en 1 4 1 6, qui paraît avoir apporté de la négligence dans ses fonctions, car c’est l’organiste du duc de Berry qui était appelé alors pour réparer les orgues; maître Henri de Saxe, bachelier en médecine, qui, lui, savait réparer les orgues; Jacques le Mol, en i44o. A l’occasion de ces nominations, un contrat était passé entre le chapitre et l’organiste qui recevait un forfait de 26 1. par an pour jouer aux vingttrois fêtes à lui déclarées, à prime, à vêpres, à la messe, le Kyrie, le Gloria in excelsis, les séquences, le Sanctus, VAgnus ; et il s'engageait aussi à faire les petites réparations des orgues. L’organiste prêtait serment d’observer fidèlement son devoir et de respecter les chanoines. Il recevait 6 s. en plus quand il jouait extraordinairement. En i425, les vieilles

même plus de maître par la suite; c’est un chanoine, Jean Laloier, qui dut reprendre, en 1 4 6 5 , la charge des enfants.

1. L’orgue, le « roi des instruments», avait déjà dit Guillaume de Macliault (Cf. Amédée Gastoué, Les Primitifs de la musique française, 1922, p. 111). Au quatorzième siècle, les églises importantes ont déjà un orgue de chœur et un grand orgue de tribune (Chartres, Rouen, Reims). L’ancien grand orgue de la cathédrale d’Amiens, construit de i4aa à iêsg, comptait a5oo tuyaux, des bourdons, un clavier de 4 octaves .

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

orgues de Notre-Dame avaient été vendues au profit de l’église : le poids de l’étain se monta à 800 EL C’est sans doute l’orgue de chœur que devait tenir Arnoul Greban. Or il semble que c'était là une grosse charge pour un homme comme lui, qui avait encore des examens théologiques à préparer, d'assumer au surplus l’instruction et la direction des huit petits enfants de chœur de Notre-Dame.

Ainsi maître Arnoul Greban vécut très embesogné, dans le cloître de la cité, surveillant les enfants, les instruisant, les faisant chanter, touchant son orgue, piochant sa théologie, levé avec le soleil, et trouvant le moyen d’écrire les 34 574 vers du Mystère de la Passion, la musique qui l'accompagnait, les rondeaux chantés. Mais, il faut le dire, maître Arnoul Greban vivait dans le calme du cloître qui, dans l’active et bruyante cité d’alors, la cité des plaideurs et des juges, des tavernes, des rues commerçantes reliée à la ville et à l’Université par les ponts chargés de boutiques, formait autour de la cathédrale un quartier spécial, un lieu tranquille, isolé du monde par une muraille percée de quatre portes où une barrière empêchait le passage des voitures.

Et de bonne heure, le soir, les portes du cloître étaient fermées. Là on ne voyait ni tavernes, ni boutiques. Mais, à l’ombre de la cathédrale, dans un grand espace qui comprenait le tiers de l’ile, on apercevait, par contre, trois petites églises : Saint-Aignan, Saint-Jean-le-Kond, l’ancien baptistère, et Saint-Denis-du-Pas. On y comptait trente-sept maisons canoniales, toujours très recherchées et adjugées au dernier enchérisseur, un terrain libre, la motte aux papelards, où l’on déposait sous les arbres, malgré les ordonnances, immondices et fumiers. Et dans le cloître on rencontrait encore un puits, le vaste bâtiment du Chapitre et l’Évêché. C’est un fait qu’aucune femme ne pouvait demeurer au cloître, sauf les matrones d’âge qui venaient faire le ménage ou la cuisine des chanoines.

1. Tous ces renseignements sont tirés des copies de Sarrasin (Arch. Nat., LL. 294).

ARNOUL GREBAN

Dans cette enceinte recueillie, dans cette quiète prison de la pointe orientale de la cité, Greban vécut avec ses enfants de chœur. Et parfois ils allaient se promener dans Elle Notre- Dame où l’on étendait les lessives et où les archers s’exerçaient contre les buttes.

La maîtrise était alors installée dans une grande maison proche le terrain, devant la salle du Chapitre, entre la maison du chanoine Despars et celle de Robert Cybole; en 1 455 , elle se transporta dans la maison de Robert de Gaillon, ancien supérieur du collège d’IIarcourt et bienfaiteur de communautés d’écoliers, située en face du puits1.

Cette maison des enfants était comme conventuelle. Suivant la coutume antique, une lanterne y restait allumée toute la nuit devant l’image de Notre Dame, à cause de la dévotion due à leur patronne : bonne précaution également si l’on considère les besoins naturels que les enfants sont impuissants à retenir; et souvent aussi ils se levaient dans la nuit, à matines, et tout, dans cette sainte maison, devait se passer comme au grand jour. Une demeure où aucun étranger ne pouvait habiter ; où les domestiques ne devaient pas se montrer familiers ; où les enfants ne pouvaient nourrir aucune bète ni aucun oiseau nuisibles. Car telle était la cage des petits angelots chanteurs de Notre-Dame, des petits oiseaux blancs de la Vierge Marie qui ne devaient chanter que pour elle, et jamais hors du cloître; le chapitre, en quelque sorte, des petits clercs lettrés parlant toujours latin, qui ne devaient copier aucune missive ou cantilène, qui ne possédaient rien, ni argent, ni joyaux, ni Heures, ni écritoires, qui ne pouvaient recevoir des fruits et des comestibles de leurs parents sans l’agrément du maître2.

1. Arch. Nat. LL. 297. — En i4oi la maîtrise est dans la maison de Jacques de Villejuif ; le 20 septembre 1/120, il est question de la vieille maison des enfants de chœur proche le terrain ; en 1 4 3 r , on voit qu’une maison leur est baillée nouvellement et ils abandonnaient celle de M' H. Grimault à cause du décès des enfants par suite d’une épidémie. Pasquier de Vaux fait alors vider la fosse de cette maison.

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