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Règlement des enfants de i

Pendant cinq ans, Greban endoctrina, accompagna les enfants de la maison de la maîtrise à Notre-Dame, longeant les murs du Chapitre, passant devant le puits, entrant dans la cathédrale par la porte rouge.

De curieux règlements, dont l’un, dû au célèbre Gerson1, forme un véritable traité d'éducation résumant des coutumes antérieures, nous font connaître la vie de ces petits chanoines, les obligations qui incombaient aux maîtres des enfants. Il faut le reconnaître, cette discipline était très rigoureuse. Le maître naturellement devait se montrer sans tache, donneren tout l’exemple, neprononcerdevantlesenfants aucune parole contraire à l’honnêteté, ni, à plus forte raison, obscène. Il ne devait user envers eux d’aucune familiarité, tant à la maison que dans la rue, au chœur, à la sacristie comme à l’autel. Et si les enfants ne s’amendaient pas, il avait le devoir de les contraindre par des coups. Souvent il devait leur rappeler ce qu’est l’amour de Dieu, les obligations du service divin, afin qu'ils parviennent au Paradis et qu'ils 11e tombent pas dans l’Enfer et dans ses tourments. Car Aristote l’a dit: on peut faire de l’enfant ce que l'on veut, le rendre tel ou tel. Ainsi le maître devait les prêcher, les exhorter à éviter le péché, les battre de verges s'il les voyait faire certains actes, leur dire que Dieu voit tout, qu'ils ont tous un bon ange gardien, que le diable pourrait bien les étrangler sur-lechamp, quand ils sont en péché mortel, si Dieu et leur ange n’attendaient pas d’eux une bonne pénitence. Et surtout les enfants devaient être endoctrinés de façon à conserver leur chasteté, à éviter toute impudicité de cœur, de pensée, de paroles. Plusieurs fois par an, aux fêtes solennelles, ils étaient tenus de se confesser. Ver? douze ou treize ans, on les admettait à communier. Alors, suivant la coutume antique, ils

1. Gerson, Opéra , éd. Ellies Dupin, 1706, t. IV, col. 717-720 : doctrina pro paeris ecclesie parisiensis ; deux autres règlements, plus précis et non moins sévères, l’un de i4io, l’autre de i435, ont été publiés par l’abbé F.-L. Chartier, L'ancien chapitre de Notre-Dame de Paris et sa maîtrise d'après les documents capitulaires (1390- 1790). Paris, 1897, in-8, p. 65, 71, 73.

ARNOUL GRE B AN

étaient obligés de réciter les Heures de Notre Dame et les sept Psaumes de la pénitence, deux par deux ou à part, aux heures fixées par le maître. Ce qu'ils pouvaient faire d’ailleurs en allant à l’église ou en retournant dans leur maison, afin que ceux qui les rencontraient soient édifiés.

Le maître de grammaire, qui était tenu de leur apprendre aussi la logique, devait se montrer exemplaire. Il avait le devoir de suivre partout les enfants, aussi bien dans la maison que dehors; il ne pouvait avoir aucun office ni aucune autre occupation à l'église. Quant au maître de chant, il enseignait aux enfants surtout le plain-chant, le contrepoint, les autres honnêtes déchants, et non les chansons dissolues et impudiques. Il ne devait pas les retenir tellement que cela portât préjudice à l’enseignement de la grammaire. Le déchant n'était d’ailleurs pas en usage à la cathédrale, et même il était interdit par les statuts jusqu’à la mue des voix. Le maître de grammaire devait aussi enseigner aux enfants, pendant un temps suffisant, la logique, donner une explication en français des épîtres et des évangiles; car ce qui n’a pas été compris ne saurait être prononcé distinctement.

Les heures d’exercice étaient depuis le matin jusqu’au déjeuner, du retour des vêpres jusqu'au dîner. Interdiction complète de lire des auteurs contraires aux mœurs, même s’ils doivent orner l’esprit. Pendant les repas, pris en silence, un enfant faisait la lecture. Un règlement et un emploi du temps devaient être remis à chaque enfant. Les dénonciations étaient obligatoires si un enfant entendait son camarade parler en français, dire des injures ou des mensonges, parler de façon déshonnête, s il le voyait frapper un camarade; il en était de même si un enfant s’était levé en retard, avait omis de dire ses Heures, ou s’il avait ri à l’église. S’il ne dénonçait pas son camarade, il devait être puni avec lui et comme lui. Ces défauts étaient notés sur un rôle présenté au maître à la fin de la semaine. Si un enfant frappait un clerc, il était remis au pénitencier. Tous les jeux accompagnés de

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

cris, ou ceux qui poussent à l’avarice, à l’impudeur ou à la rancœur, étaient interdits, entre autres le jeu de dés. On tolérait seulement aux enfants le jeu de dames avec des jetons de plomb ou de cuivre. De fréquentes et de brèves récréations devaient être données, en particulier après le déjeuner et le dîner, quand les enfants sont moins bien disposés aux occupations sérieuses. Le maître devait toujours y assister. Les enfants ne pouvaient aller à l’église ou à la maison s’ils n’étaient autorisés par leur supérieur. Le maître ne devait pas les abandonner un instant; et il était obligé d’assister à leurs repas, de les surveiller partout.

Les enfants de chœur étaient donc comme séparés du monde : car les clercs, les serviteurs, les chapelains n’étaient pas autorisés à leur parler, sinon en présence de leur maître. Ils prenaient un repas du matin léger, afin de pouvoir conserver toute leur voix : une nourriture suffisante, des mets sains leur étaient par ailleurs accordés. Ils devaient être tenus proprement dans leur chambre, soignés quand ils étaient malades. Au chœur, les enfants devaient s’asseoir à une bonne distance l’un de l’autre, ne pas répondre à l’appel de quiconque, si ce n’est pour les nécessités de l’oflice et au commandement du doyen et des seigneurs ayant dignités. Autour de l’autel, ils devaient observer le plus grand silence, tandis que se célébraient les saints mystères de la messe, ne pas rire, ni élever la voix, y assister comme des anges de Dieu, afin que chaque personne qui les vit pût dire d’eux :

« Voilà vraiment d’angéliques enfants, comme en doit avoir la Vierge sans tache dans son église, la plus célèbre du monde entier ! »

Telle était la règle sévère desangelots de Notre-Dame. Règle qui semble avoir été très correctement appliquée.

Ces enfants avaient bien leur petit bénéfice qu'ils mettaient dans leur tire-lire, à l’occasion de l’eau bénitequ’ils portaient à travers le cloître; la commodité aussi d'un barbier spécial, celui-là même qui fut un des légataires de François Villon,

ARNOUL GREBAN

maître Colin Galerne. Ils avaient encore leurs fêtes particulières, la Saint-Nicolas et la Sainte-Catherine; leurs réjouissances dans le cloître à la Mi-Carême où ils élisaient un roi et organisaient une sorte de cavalcade, des jeux équestres. Et parfois, dans les beaux jours de l’été, on les changeait d'air; alors ils allaient se promener à Arcueil, à Gentilly, à Saint- Marcel, chez l’évêque à Conflans, à Yincennes, à Saint-Maurdes-Fossés. Mais leur vie était bien celle que décrit le règlement. A l'aube, ils se levaient pour aller à matines, ayant pris le soin de mettre leurs bottes, et à partir de 1 43 2 , pendant la période des grands froids, le bonnet qui leur fut accordé : car auparavant ils allaient toujours tête nue.

Quand il y avait deux maîtres, le maître de musique donnait ses leçons depuis la grand messe jusqu'à vêpres, et depuis l’heure du souper jusqu’à l'heure du coucher. Le maître de grammaire enseignait depuis le lever jusqu’à prime et depuis vêpres jusqu'au coucher. Et partout il portait des verges, jusque dans l’église et aux processions. Les maîtres assistaient aux heures et aux repas L Le dîner avait lieu à onze heures et le souper à six heures; le coucher à huit heures quand les enfants devaient aller le lendemain à matines. En somme, pour le maître jamais de repos, une présence constante. Car les congés étaient très difficiles à obtenir. Tout cela pour des appointements médiocres, des droits plus modiques encore attachés au port de l’habit2.

A tant d'occupations, maître Arnoul Greban devait ajouter celles que lui imposaient ses propres travaux poétiques et la préparation de ses examens en théologie. Le 11 février i452, on voit qu'il demanda au chapitre qu'une clé de la bibliothèque lui fût remise afin de pouvoir y travailler. Et le chapitre décidait qu'il pourrait s’en faire faire une à ses dépens. Alors Arnoul Greban cherchait à s’isoler, dans la solitude même du cloître. C’était pour travailler dans la mystérieuse

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