‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 27 sur 183 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Je sui ta mere qui t’appelle Pour my donner aulcun confort,

Fay moy morir sans nul déport...

Le geste de cette mère qui veut donner un linge pour couvrir « l'humanité » de son fils, et qui, dans sa pâmoison au pied de la croix, crie :

Prendez moy, mort, et char et cuyr...

Hé! dure mort, que t’es amere Quant je pers cy le nom de mere !..

Doulz fils, je suis vo chiere mere Qui vous portay dedans mes flans...

Neuf mois tous plains, je t’alaitay Tant doulcement et te nourry...

Mort, doulce amie, sans refus,

Preng moy bien tos, et je t’en prie... *.

Voilà autant de traits, magnifiques et simples, qui font le plus grand honneur à hauteur de la Passion d’Arras.

Gomme Notre Dame défaille, et si naturellement, exhalant toute la douleur humaine en cris, en exclamations, en répétitions d’un mouvement, il faut le reconnaître, tout à fait émouvant, quand elle réclame le corps de son enfant2:

Pour Dieu, seigneurs et bonne gent,

Bailliez moi ça mon très doulz fiiz,

Bailliez moy ça mon doulz amis,

Bailliez moy ça mon doulz sauveur,

Bailliez moi ça mon doulz seigneur,

Bailliez moi ça, bailliez moi ça.

Bailliez moi ça, nulz de l’ara!...

Piien n’est plus intéressant que de voir comment Greban a traité et a développé ces scènes de Mercadé. Il faut le reconnaître, Greban a introduit partout je ne sais quelle grâce raffinée, quelle tendresse, et pour tout dire, de la beauté. Alors que Mercadé fait surtout des monologues, Greban compose des scènes.

ARNOUL GRE BAN l63

Comme elle est humaine la mère qui a perdu son enfant et dont les premiers mots 1 :

O tendre bouche et riant viz,

font penser au monologue de la Chantelleurie ! Et quand Marie le retrouve chez les docteurs, elle s’écrie 2 :

Oy certes,

C’est Jhesus, mon filz débonnaire :

Je recongnois son doulx viaire,

Sa bouchete et ses rians yeulx...

Soient docteurs ou sénateurs,

Il n’est qui reffraindre m’en sache Que prestement je ne l’embrasse,

Et l’iray baisier devant eux !

Et voici encore un joli trait, de si grande fierté, dans la réponse de Notre Dame au savant Zorobabel :

Chere dame, je vous supplie,

Est il vostre enflant ce beau fieulx ?

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