‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 36 sur 183 · Fol. 7V0. — 7. Fol. i5 et i5T0. — 8. Fol. 17™ et i9ro · texte numérisé non relu

Fol. 7V0. — 7. Fol. i5 et i5T0. — 8. Fol. 17™ et i9ro

ARN OUL GREBAN

citadin, avec son aumônière et son bâton; et Notre Dame nous apparaît comme une douce bourgeoise 1 ; Berith, Belzebus et Cerberus sont des diables tout noirs2. Ligeret, le messager, avec son paletot court, son chapeau velu, tient une chope à la main et,. sur l’épaule, une petite lance ornée d’un linge blanc3. L'hôtelier Sadoth se montre tout enchaperonné4. Le pastoureau Aloris a vraiment le costume des bergers; il s’avance, court vêtu, mollets nus, avec sa houlette et sa cornemuse dont il joue5. Quant à Gaspard, qui marche vers l’étoile dorée, couronne en tête, sceptre en main, il porte paletot rouge et chausses noires6. On distingue les juifs à leurs bonnets pointus". Mais les prêtres païens qui adorent les idoles (la statuette d'or qui est sur un autel décoré de nappes) sont vêtus comme des diacres8. Les tyrans ont de grands sabres courbes : Agrippait et ses compagnons sont vêtus comme des hommes d’armes9. Jean-Baptiste, hirsute et nimbé d’or, revêtu d'une peau de bête, tient le livre qu'il enseigne. Voici Jésus avec sa longue robe bleue et son nimbe, qui prêche d'un air bonasse10. La «(femme Hérodiade» dans sa chaste robe bleue qui la couvre jusqu'au cou : un blanc turban entoure ses longs cheveux d'or11. Quant au seigneur des noces d’Architriclin, c’est un huissier de salle de ce temps-là et portant, comme lui, la verge 12. Rabanus, le changeur, est sagement assis devant des rouleaux de monnaie13. Et la « fille Hérodiade» semble une gamine comme on peut en voir dans la rue : petite enfant à la robe bleue, au manteau rouge, avec de longs cheveux sur le dos14. Le paralytique est couché nu dans son grand lit bordé15. La Madeleine, la pénitente long vêtue dont on ne voit pas même les cheveux, semble quelque sainte16. Lazaron est un bourgeois, portant une robe longue au col de velours noir, serrée à la

i. Fol. 26™. — 2. Fol. 29vo. — 3. Fol. 33v0.

4. Fol. 35. — 5. Fol. 36. —6. Fol. 4i. — 7. Fol.ôo, 56T° etc. — 8. Fol. 5gv°.

9. Fol. 59'0. — 10. Fol. 8oV0. — 11. Fol. 82ro. — 12. Fol. 86T0.

i3. Fol. 90. — i4. Fol. 9,6t0. — i5. Fol. 99. — 16. Fol. 110.

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

ceinture4. Et, comme on peut le voir encore dans la cité du patron des aveugles, à Marrakech, l’aveugle né est un mendiant qui a déployé un linge à terre pour recevoir les pièces qu on lui jettera2. Trottemenu, c’est le coureur, le pauvre poursuivant, court vêtu, assoiffé, qui transporte, précautionneux, un petit baril à la pointe de sa lance 3. Non moins prévoyant se montre le portier Malabrin dont le trousseau de clés est attaché à la verge qu'il porte sur son épaule4. Roillart, le premier sergent d’armes chez Anne, dont la livrée fourrée est mi-partie rouge et bleue, porte le sceptre de justice à la main5. Pilate est l’homme à la robe rouge et au bonnet pointu6. Désespérance, une noire figure, de noir vêtue, des pieds à la tête, avec un bonnet à cornes7. Et Judas, dans sa robe rouge, pend à la fourche de l’arbre séché : Berich, le noir démon, l’assiste cruellement, s’apprêtant à lui ouvrir le ventre8. Brutamont, le geôlier, porte les clés de sa geôle dans un sac accroché à un bâton. Les bourreaux, on pourrait les reconnaître : tel Broyfort9, dont le gros ventre est ceint du tablier de cuir, celui-là qui forgera les clous de la Passion sur son enclume.

Voici le trompette de Pilate soufflant dans sa longue trompe10. El le centurion, serré dans son jacque, s’appuie sur sa haute et large épée11. Ruben, l’homme d’armes, se montre dans sa cuirasse de plates, tenant sa hallebarde12. Véronique déploie le linge où apparaît la face nimbée du Sauveur43. Joseph d’Arimathie est l’homme au chapeau pointu et à la longue robe rouge 14. Quel étrange et sauvage petit tableau que celui de la Passion où le Sauveur est fiché tout nu à la Croix en T, entre sa mère vêtue de bleu et Jean vêtu de rouge, avec son fond d’outremer et sa prairie cruellement verte 15 !

i. Fol. 112. — i. Fol. 1 1 avo. — 3. Fol. 1 1 4V0. — 4. Fol. 122'°.

5. Fol. ia4ro. — 6. Fol. 171 vo. — 7. Fol. 1 7 5 vo. — 8. Fol. 1 7 7r0.

9. Fol. i8aro, 192. — 10. Fol. 1 9 3 vo. — 11. Fol. i93vo. — 12. Fol. 1 9 3 v0.

i3. Fol. ig4ro. — 1 4. Fol. igô1"0. — i5. Fol. ao5ro.

ARNOUL GREBAN

Saint Denis d’Athènes semble quelque évêque, mitre, la crosse en main1 ; Empédocle, qui argumente avec lui, porte le costume d’un diacre2. Et quand l'esprit de Jésus descendait vers les urnes, on voyait la grande gueule du Cerbère qui s’ouvrait et les âmes, sous la forme de figures nues, apparaissaient entre ses crocs3. Joseph marchandait à la vendeuse, devant la table chargée de rouleaux d’étoffe, une pièce de soie ; et Nicodème achetait des aromates à l’épicier devant son comptoir, dans le costume des marchands bourgeois de la rue4 d’alors, parcourant du regard les étaux chargés de pièces d’étoffes ou de barillets.

Une question aujourd’hui hors de doute est celle des rapports de la Passion d’Arras avec la Passion parisienne de Greban5. Cette notion importante ne résulte pas des rapprochements que l'on a pu faire entre quelques passages où des expressions identiques se rencontrent6, ni même de la similitude du mouvement dramatique des scènes et du plan des deux Passions. Car l’identité des sujets, des sources communes, aurait pu, à la rigueur, produire des résultats analogues. Mais pour des rôles nettement déterminés, on a établi que Greban avait usé des mêmes noms que son prédécesseur ; coïncidence qui, elle, ne peut pas être fortuite7.

Clerc, universitaire, théologien, il faut reconnaître que maître Arnoul Greban a entendu faire de son mystère un enseignement8 :

Ouvrez vos yeulx et regardez,

Devotes gens qui attendez A oyr chose salutaire...

i. Foi. aioro. — 2. Fol. 2ior0. — 3. Fol. aiiv0. — 4. Fo). ii6V0.

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