PI. IX
Les Lunettes des Princes
Édit' on de .Mantes, 1493 (Bibl. Nat., Vélins 2233. fol. 1)
JE AM MESCHINOT « LE BANNI DE LIESSE
Mal contre luy, jurera, mesdira, Maulgrera Dieu qui luy contredira, Parjuremens, blasphémés redira.
C’est la maniéré
Comme va bas en cent ans la bannière.
Et le paisant, tenant vertu planiere,
Boyt o les roys d’Anjou et de trosniere 1 Et aultres vins...
Advise donc l’humble estât dont tu vins, Et que tes ans enuix2 sont quatre vings...
Les idées morales de Meschinot ne nous retiendront pas longtemps. Ce sont des lieux communs : et beaucoup ont une source connue. Gilles de Rome, entre autres, dont le Régime des princes, traduit en français, était un livre très répandu3. Cependant, Meschinot qui servit en armes ses princes, le bon écuyer Meschinot, a mis dans la bouche de Tempérance, dame bien mesurée, un portrait idéal du prince fort intéressant, où beaucoup d’allusions doivent se rapporter à des circonstances de leur vie qu'il a pu observer : c’est ainsi qu’il leur enjoint de ne pas user de l’accointance des vieilles femmes pour s’en procurer de jeunes4; de laisser la théologie aux théologiens; de ne pas s’adonner non plus aux pratiques de l’astrologie5; de jouer à des jeux honnêtes et non pas à ces luttes terribles, longtemps dans la tradition du pays, où l’on se cassait bras et jambes (les behourdis) ; de pratiquer les barres ; de ne pas s’adonner aux jeux de hasard et d’argent... Enfin, l’on doit en savoir gré à ce soldat, Jean Meschinot déclarait qu’il ne fallait pas faire la guerre :
N’entrepren guerre pour casser buyes ne pos...
Mieulx vault du sien partie mettre en depos
Que faire guerre...
i. Crosmieres, Sarthe? — a. Ms. passés.
3. Meschinot a cité les « chroniques », Platon, Virgile et Homère. Plus loin, il dit qu’il a lu le Roman de la Rose, les Faiclz Romains; et il allègue Tulles, c’est-à-dire
Cicéron, Orose et d’autres « anciennes histoires ». Cf. Marcel Planiol, La très ancienne coutume de Bretagne. .. 1896, p. 1, i3-i4, 74.