‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 56 sur 183 · Vallet de Viri ville. Nouvelles recherches..., p · texte numérisé non relu

Vallet de Viri ville. Nouvelles recherches..., p

Nous ne savons pas à quelle date se place cette première intervention de la justice dans la vie de notre homme de loi : nous ne connaissons guère, en effet, cette première affaire que par un résumé qu'en donna un avocat au Parlement, maître Bataille, dans une plaidoirie qu'il prononça le 19 août 1467 en faveur de Henri Baude mis en cause devant la Cour des Aides cette fois. Des informations sont alors faites contre les élus du Bas-Limousin et leurs subordonnés ; ils doivent comparaître en personne et produire tous les documents de leur administration pendant les six dernières années : papiers, registres, mandements ; les commissions par lesquelles ils avaient imposé les tailles ou leur équivalent L On les rappelle à l'observation des ordonnances royales relatives à l'assiette de l’impôt, à la résidence dans les villes du bas pays Limousin pour l’exercice de leur office, à la convocation des gens des bonnes villes au moment où se faisaient les opérations de l'assiette, « afin qu'ils puissent remontrer leurs charges et pauvreté », etc.1 2. L’affaire fut plaidée le 19 août 1467 3.

Comme c’était l'usage, le procureur du roi, 4 iole, ne manqua pas de développer avec véhémence que les commis de Baude pratiquaient l’extorsion, et qu'ils prélevaient des commissions arbitraires sur leurs opérations. En ce qui concernait Henri Baude, il était accusé : i° d'avoir refusé de communiquer aux contribuables le mandement du roi en vertu duquel il établissait la taille; 2° d’avoir établi l'assiette dans la campagne d'une manière irrégulière ; 3° d’avoir favorisé dans sa répartition certaines localités, notamment Tulle et Brive; 4° d'avoir laissé son clerc prendre des sommes exagérées et arbitraires pour délivrer certaines pièces, en particu-

1. M. J. Plantadis, dans le Lemouzi, mai 1907, n° 1 3 3 , p. 10S-109, a signalé que, dans le parler de Tulle, eslut est synonyme d’individu dissipé, turbulent, malfaisant même (?)

2. Citation devant la Cour des Aides (Arc h . Nat.,Zla68, 24 avril 1467) p. p.Ant. Thomas, op. cil., p. 68-69.

3. Arch. Nat., Zia2Ô, document p. p. Ant. Thomas, op. cil., p. 70-74.

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

lier les commissions de francs-archers; 5° d'avoir imposé, en sus de 1 impôt royal, des frais excessifs; 6° d’avoir accepté des muids de vin et de l’argent de la part des gens de Turenneet de Donzenac... Maison voit surtout que l'avocat du roi accusait Baude d agir à sa tête, sans consulter les gens du pays. Il demandait pour lui une amende de i.ooo 1., qu'il fût privé de son office et condamné à rembourser au roi le quadruple des sommes extorquées.

11 semble bien, et maître Bataille, avocat de Baude, s’efforça de le démontrer, que ces accusations étaient, sinon tout à fait gratuites, du moins fort exagérées; qu elles provenaient de la haine que les États provinciaux nourrissaient envers les élus, agents du roi; qu’il n'y avait là que des vices de forme ou des pratiques excusables dans les mœurs administratives du temps. On voit du moins que le commis de Baude fut absous dans 1 audience du 20 août 1467. L affaire fut ajournée : mais le 5 août 1 4 68, Henri Baude futcondamné par la Cour des Aides à 800 I. p. d’amende envers le roi ; il fut privé de son office d’élu et astreint à la prison jusqu’au paiement de 1 amende et des frais de justice. Et d’autres condamnations rigoureuses s'abattirent sur ses commis.

Maître Henri Baude était-il coupable? Fut-il victime de la vengeance des États, de ses « haineux », Pierre de Boffignac, Bocal, le syndic? Devait-il expier l'attitude énergique qu'il avait prise en faisant arrêter Boffignac ? Il serait téméraire de l’affirmer absolument puisque nous n’avons pas les pièces du procès. Dans tous les cas, le jugement rendu par la Cour des Aides fut exécuté sans pitié. Henri Baude vit ses biens saisis et mis en décret, n’ayant pu ou voulu payer. Le 27 février, sa femme Anne fil opposition aux criées, à cause de sa dot et de son douaire; mais la justice passa outre. L’héritage d’Henri Baude fut mis à prix pour 100 1. t. Il n'y eut comme surenchérisseur que maître Jean Compains, conseiller général des Aides, qui se les vit adjuger pour 110 I. C’était loin du compte total de l'amende et des frais de justice ! 11 y a

donc lieu de croire que maître Henri Baude dut de nouveau tenir prison1.

Ce fut une autre affaire qui amena Henri Baude devant le Parlement de Paris2.

Entre le 8 et le 9 mai i486, le poète avait été arrêté pour avoir composé une « briefve moralité » jouée à Paris sur la table de marbre, dans la grande salle du Palais.

C’est le moment d’évoquer ce coin de Paris, qui devait être si familier à maître Henri Baude, et qui était le paradis de la Basoche.

Le Palais, ce n'était plus l’ancienne demeure de nos rois, mais déjà, par excellence, le siège de la justice en appel et de l’administration centrale des finances. Le Palais, autant dire le <( temple royal » de dame Justice,

Seigneurial theatre historial,

que la foule des plaideurs assiège, où l’on voit tant de parquets, de bancs, d’écritoires, de guichets, de poutres dorées :

Poches et sacz, lettres, pacquets

Trousseaulx...

Et tout un monde, qu’André de la Vigne a décrit d’une façon pleine de verve cocasse dans ses « Complaintes et epitaphes du roy de la Bazoche », hante ce palais : clercs, mercières et boursières galantes, libraires, orfèvres, farceurs, pauvres solliciteurs, valets et pages errants3...

C'est rue de la Barillerie, à l’entrée des deux portes à tourelles, que se tenaient les pages et les serviteurs des présidents, des conseillers et autres officiers de la Cour qui attendaient leur maître en tenant les mules à la bride : compagnons un peu étourdis et terribles, qui tirent parfois la dague ou le

1. Tous ces documents ont été publiés par M. Antoine Thomas, op. cil., p. 75-77.

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