‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 57 sur 183 · J. Quicherat, op. ch., p. 8, n3-irg · texte numérisé non relu

J. Quicherat, op. ch., p. 8, n3-irg

3. Adolphe Fabre, Études historiques sur les clercs de la Basoche, i856, p. 35o-352.

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

couteau, coupent les brides, enlèvent les housses et les étriers des mules porteuses de registres'.

Baude a dû beaucoup regarder ces mules parlementaires. Car il imagina un jour (vers 1 465)1 2 que l’une d'elles écrivit son testament. Et maître Henri Baude s’v inscrivit au nombre de ses légataires.

Elle était bien vieille alors, la pauvre mule, car maître Bené de Bouligny, trésorier de France (mort vers 1 445), général de France, comme on disait alors suivant le style, un homme puissamment riche, qui fut banquier du roi dans ses tribulations et celui du royaume3, l’avait jadis ramenée d’Espagne et s’en était servi longtemps. Puis Bené de Bouligny l’avait donnée au seigneur de Traisnel, c’est-à-dire à Jouvenel des Ursins qui fut chancelier de Charles VII et de Louis XI. Mais, comme la pauvre bête était tombée malade, Jouvenel l’avait abandonnée; et elle arriva aux mains de Jean Dauvet qui n’était que président au Parlement de Paris. Or, ce dernier, la trouvant trop vieille, ordonna à son page de la bailler à Alain Delacroix, simple greffier... Grandeur et décadence d’une mule d’Espagne qui s’exprimait ainsi :

Je l’ay porté avecques maint registre,

Or est il mort et mon poil est tout gris.

Barbeau me tient, je ne sçay a quel titre,

Pour quoy, comment, la raison ne le pris.

Soustenu l’ay puis qu’a porter le pris;

Et sans cesser il m’a tousjours foullée,

Et tellement a de picquer apris

Que, ventre et doz, je suis toute escorchée.

J’ay demeuré, tant que suis vieille, éthique,

Sans riens gaigner et ay perdu mon temps,

Tout mon vivant avec gens de pratique,

Povre et foible de tous membres me sens;

1. Pierre Champion, François Villon, t. I, p. •248, s>4ç>, 25o-a53.

2. J. Quicherat, op. cil., p. 4 (l’année où chacun tendait à son profit).

3. Arch. Nat., Xla 83 io, fol. 5oTO, 22 mai 1467. (Procès entre Catherine et Marguerite de Fumechon, exécutrices de demoiselle Marguerite Thouroulde, veuve de Regnier de Bouligny, et Bavant le Danois.)

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