IL
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Or maître Henri saluait en lui l'homme d’autorité, le principal » conservateur de police et de justice » capable de le tirer des mains de ses persécuteurs. Il se réjouissait d’être né dans sa terre,
Au fin cueur, qui est le meilleur Et le chef de tout Bourbonnois h
Sur quoi Bande ne manquait pas de célébrer les vertus royales du duc, héritier d’une si excellente maison. Il rappelait, justement, la bonté proverbiale de cette famille (Villon naguère s’en était souvenu), la coutume qu’on y avait d’entretenir, à Saint-Nicolas, les vieux serviteurs incapables de servir à Moulins. Volontiers Baude serait entré dans la maison d'un tel prince, qu’il ne connaissait pas personnellement. Puis il se lançait dans un éloge enthousiaste du Bourbonnais, son pays natal :
Il est garny d’estangs, de bois,
Vins, bledz, chair, poisson a planté...
Il le célébrait comme le plus plaisant des pays, avec ses villes et ses châteaux, sans oublier la belle forêt de Tronsaye, les monnaies forgées à Saint-Pourçain, la grande relique de la croix, les « beaulx baings chaulx pour la santé », c'est-àdire Bourbon et Vichy, l’excellent fromage, le cuir des vaches et le cordouan des moutons, des draps meilleurs qu'à Bouen. Et tout ce que les hommes d’autrefois mettaient au compte de l’agrément et de l’utilité dans le sentiment qu'ils avaient de la beauté d’un pays ou d’un paysage (si éloigné de ce que nous y apportons de vue conventionnelle suivant l’optique des peintres ou la sensibilité des poètes) revenait à la mémoire de Baude et dans des circonstances, il faut le dire, assez angoissantes. Qui nierait, au surplus, que le Bourbonnais ne nous présente un charmant paysage français, avec ses riches et belles campagnes, sa montagne boisée couronnée
i. J. Quicherat, op. cit., p. 69-74.
de châtaigniers, ses eaux claires, ses rivières sinueuses qui reflètent un ciel changeant?
Le pauvre Baude en oubliait de parler au duc de son affaire : et cependant, il demeurait là, dans l’obscurité, entre deux huis. Certes il serait prêt de voler vers lui, n’étaient ces trois mois à l’arrêt : mais que le duc dise un mot et Baude sera élargi. Sur quoi, maître Henri adressait au duc les vœux d’usage de santé, de bonheur, le paradis à la fin de ses jours :
Escript le premier des dymenches Ou mois ou vendanges se font,
L’an qu’on portoit les larges manches A Paris, près du Petit Pont,
c’est-à-dire le ier octobre i4861.
Une seconde épître fut adressée au duc de Bourbon par Henri Baude, la première n'ayant pas été suivie d’effet2 3. Elle nous fait connaître le peu que nous savons sur la moralité qui avait fait emprisonner Henri Baude. Car voici comment il avouait sa faute :
Or est ainsi que pour louer Le roy et sa proximité,
Il a fait qu’on a fait jouer Une briefve moralité,
En laquelle on a récité
Que droict est souvent interdict
A maint, par malle voulenté,
Avecques singulier proufit.
Et tout ainsi qu’erbes, racines,
Roche, pierre, boue et gravois,
La course des fontaines vives Empescbent bien souventesfois,
Ainsi font, de faict et de voix,
Tous ceulx qui, en particulier,
Sans droit, sans raison et sans loix,
Ayment leur proufit singulier...
i. J. Quicherat, op. cil., p. 74. — Le Parlement avait cependant évoqué sa
cause le 24 mai et, le 26 juillet, Me Henri Baude était élargi (Arch. Nat., X2'5i ; J. Quicherat, op. cit., p. 117, 119).