‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 74 sur 183 · Ibid. y p. 37. — 3. Ibid., p. 46. — 4. Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid. y p. 37. — 3. Ibid., p. 46. — 4. Ibid., p

5. Cette belle pièce, qui rappelle tout à fait le dialogue de Baude, se rencontre seulement dans le manuscrit de la Bibl. Nat., fr. 12490, fol. ia2V0-i23, avant une

Dammartin, naguère dévalisé par ce petit seigneur de l’ Ile de France, Charles de Melun. Antoine, incarcéré au début du règne de Louis XI, contemple, dans sa misère, son rival de jadis, dont le luxe avait tant scandalisé les Parisiens :

Dont viens lu, Martin ? — de Melun.

— Et que dit on P — J’ai veu Chariot.

— Par ta foy ? — Il est tout commun,

Aussi camus comme ung rabot.

— En bon point ? — Ront comme ung sabot.

— Quelle chiere fait il P — Sans dire mot,

Ils actend que le vent se tourne...

Que dit il ? — Ses heures a jung,

En regardant bouillir le pot.

— A quoy passe t il temps? — A quelqu’un,

Contemplant le bon temps qu’il ot.

Est-il asseuré? — Non pas trop.

— De quoy a il peur? — Qu’on l’enfourne!

Qu’atend il ? — Il n’est pas si sot,

Il actend que le vent se tourne.

Un autre temps, un autre prince seront plus chers à Baude,. encore que l'élu ait fait, comme il convient, l’éloge des trois princes qui se sont succédé : son prince préféré sera le bénin Charles \ III. Mais en bon Français, qui a horreur des ligues, il déplorera la révolution faite par les princes, ce temps de la régence qu'il qualifiera en deux mots1 :

Broulis avec Oultrecuydance...

Et surtout Baude poursuivra de son ironie les « convoiteux » qui envahissaient toutes les régions du pouvoir. Mais plus que toute chose, il appréciera la paix qu'il célébrera dans un petit placard qui fut affiché en i4S2-’.

Il semble bien qu’une de ces pièces, des plus obscures, « Les dix visions Baude3», désigne la prise d'armes de 1 485 .

pièce de P. Danche et à la suite d'un tapis de Baude. Son atlribution n’est donc pas absolument certaine. — Le Roux de Lincy l’a publiée dans son Recueil de chants historiques français, I, p. 36i-362.

i. J. Quicherat, op. cil., p. 61. — 2. Ibid., p. bq. — 3. Ibid., p. 88-90.

MAITRE HENRI BAUDE, ELI DES FINANCES ET POETE 2"] ï

Morceau d’un véritable intérêt pour la biographie du poète, puisque Baude nous dit alors qu'il se trouvait « vieil et

cassé » :

Mon vert et jaulne temps passé,

Et mes cheveux perdans le gris.

Dans cette sorte de rêve, il semble assuré que « le tas de bêtes » qui pâturent furtivement et qui n’ont pas de tête, désigne la révolte sans direction; l’Angleterre est cette grande nef emportée par le vent de la tempête; l’aigle à deux têtes ne peut être que le duc Maximilien; la double croix indique le duc de Lorraine et le taureau, la maison de Foix, suivant les figures de leur blason :

Et les saiges dissimuloient,

Les craintifz tousjours escoutoient,

Les folz n’en faisoyent que rire !

Alors Baude se rangeait plutôt parmi ces derniers qui tirent d’ailleurs la moralité des événements. Une franchise reconnue, « car jamais Baude ne varia1 »,que nous trouvons d’ailleurs marquée dans la plupart des circonstances de sa vie, telle est en définitive la morale de maître Henri Baude, franchise qui demeurait aussi la règle de son art.

A cet âge de la prose qu’est la fin du quinzième siècle français, nous ne devons pas demander un lyrisme dont il est incapable, en particulier à maître Henri Baude. Nous noterons au contraire chez lui les traits saillants du basochien têtu, cynique et politicien, qui annoncent déjà le caractère du bourgeois français.

Comme tout bon bourgeois, Baude se montre critique critiquant. Il passera au crible le monde entier (c’était d’ailleurs

i. Souscription à l’éloge du roi Charles VII (Vallet de Viriville, Nouvelles recherches, p. i3).

272 HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

un genre accoutumé dans les sortes de revues de ce temps) : Tel il nous apparaît dans la « Déclaration » 1 qu’il formulera ainsi :

Je n’ay trouvé en l’Eglise que vices,

Et aux nobles, orgueil, fierté, delices ;

Aux laboureurs, faulse condicion,

Et aux marchans, toute déception...

Bref, tous estatz sont, la ou j’ay esté,

Ambicieux, confuz en vanité...

Et Baude dressera déjà la liste des « pourquoy2 » : elle n’est pas encore close.

Cdiez lui aussi, il y a lieu de noter le mépris que l’homme de plume a toujours témoigné à l’homme d’épée, le civil qui raille le militaire. Un des meilleurs morceaux de Baude nous présente précisément la caricature du « gorrier bragard », c’est-à-dire du coureur de femmes qui porte des braies à la mode nouvelle, comme les gens de la suite du roi, et qui est une espèce de demi-solde fort bien dessiné par notre bazochien 3 :

De noir veloux fut la robe empruntée D’un mien mignon, fourrée pour le chault,

Une chesne de leton surdorée

En my juillet, sur ung petit courtault,

Souliers camuz, boufiz comme ung crapault,

Large bonnet avoit a suffisance ;

La chemise par le collet luy sault :

Chascun s’en rit et il y prent plaisance...

Ung grant laquais luy portoit son espée (Dont la moitié du fourreau luy desfault),

D’une robe revestu deschirée,

Comme s’il vinst freschement d’un assault;

Faulte d’argent a tous propoz lui fault...

« J’ay », ce dit-il, « despendu en l’armée,

Tout mon vaillant, dont pas n’ay esté cault ;

Mais encor ay une terre engaigée A réméré pour plus qu’elle ne vault;

J’en pers les fruictz, mais de ce ne me chault,

1. J. Quicherat, op. cit., p. 47*48. — 2. Ibid., p. 49*5i. 3. Ibid., p. 81-82.

PI. xvi

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Le bonhomme et la toile d’araignée

(Bibl. Nat . ms. Ir. £4461, fol 46|

Car je prendray d’amour telle alliance,

Que l’on verra que je volleray hault! »

Chascun s’en rit et il y prent plaisance.

Gomme si rien ne devait manquer à la psychologie de ce bourgeois, Baude excelle dans les logogriphes, et qui pis est, dans les calembours. Enfin, il faut avouer qu'il aime beaucoup faire l'éloge du temps passé.

Une pièce, qui peut dater de 1490 environ et que Baude adressa à Charles VIII quand il commença de régner par luimême, lui propose en effet, comme modèle, le roi Charles VII (et c’est vrai qu’au temps où Baude put avoir vingt ans, Charles VU était devenu un roi exemplaire). Baude exhorte le jeune souverain à respecter cette assise du vieux royaume qu’a été la justice; et l'on sent que ce qu'il admire surtout chez Charles VII, en administrateur expérimenté, ce sont les ordonnances de Nancy (i445) qui ont créé l’armée régulière, chassé les pillards qui feront leur rentrée dans les bandes armées au temps de la révolte des princes; pièce très belle, qui porte témoignage du bon sens de Baude, de sa fidélité envers son roi 1 II. :

Alexandre, Constantin et Pompée Et Charlemaigne, a tout sa grant espée,

Pourquoy est ce, de droit et par office,

Qu’on les nomme grans en toute contrée

Et autres, non? — Pour maintenir Justice.

Qui feit les roys regner en prospérant ?

Qui feit Rommains longtemps en acquérant ? Qui feit César occident conquérir ?

Qui surnomma Charles le conquérant ?

Pourquoy vit on, sinon en espérant?

— Pour Justice droictement maintenir.

Qui augmenta le royaume de France?

Qui luy donna si grant magnificence?

Qui recouvra Guyenne et Normandye,

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