‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 89 sur 183 · J. Quicherat, op. cil., p · texte numérisé non relu

J. Quicherat, op. cil., p

peut suffire à assurer la réputation d'un poète et elle supporte la comparaison avec l'inoubliable ballade de Villon pour l’âme de feu bon maître Jean Cotard, qui, lui aussi, avait « de pauvres yeux si rouges ».

Le mérite d'avoir en quelque sorte exhumé Henri Baude revient à Jules Quicherat qui, en iSJS, publia une édition partielle de ses compositions, précédée d'une notice documentée et par ailleurs pleine d’un vrai goût littéraire1; travail que l'illustre érudit reprit en i8562.

Le nom de Baude, comme nous allons le montrer, n’était pour ainsi dire pas sorti d'un cercle littéraire dont Clément Marot conserva seulement la tradition : ainsi Jean Bouchet ne l’avait pas mentionné dans son Temple de Bonne Renommée. Et le nom de Baude avait été omis par tous les historiens anciens, et les plus prolixes, de notre histoire littéraire3.

Nous devons en effet la conservation des vers de maître Henri Baude à deux membres de la famille forézienne des Bobertet : à François et à Jacques. Il faut dire quelques mots de cette famille qui a joué un rôle important dans l'histoire littéraire et artistique de la France à la fin du quinzième siècle et au début du seizième siècle4.

L’origine de cette famille, son ascension à la fortune, puis à la noblesse, l'histoire de ses goûts forment certainement le meilleur commentaire de l'œuvre de Henri Baude : ainsi nous

1. Bibliothèque de l’École des Chartes, T. X, p. 93-i33 (Henri Baude, poète ignoré du temps de LouisXI et de Charles VIII).

2. Les Fers de Maître Henri Baude poète du AT” siècle recueillis et publiés avec les actes qui concernent sa vie. Paris, Aug. Aubry, iS56, in-12. Cette édition est malheureusement incomplète et peu soignée. — 3. La Croix du Maine, Duverdier, Goujet. Avant Quicherat, il avait été seulement mentionné par M. Batissier, dans la grosse histoire romantique de VAncien Bourbonnais d’Àch. Allier. Appendice, t. II, p. 36.

4. Les renseignements généalogiques qui concernent cette famille, très touffue, sont assez contradictoires (Bibl. Nat., fr. 2025i, 20i55, 20256). Un tableau généalogique, qui remonte au dix-septième siècle et paraît être la copie d’un document de famille, plus ancien, mérite de retenir particulièrement l’attention (Bibl. Nat., Cabinet d’Hozier, 292).

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

entrevoyons le milieu dans lequel Baude a pu vivre, en même temps que nous découvrons tout le cercle littéraire qui se forma autour de la cour provinciale des ducs de Bourbon .

La tige de la famille était Jean Robertet que nous trouvons, en 1467, élu pour le roi dans l’élection de Clermont et Bas Pays d'Auvergne1 ; fonction tout à fait analogue à celle que remplissait Henri Baude dans le Bas-Limousin. Mais Jean Robertet demeurait surtout, comme les autres membres de sa famille, au service des ducs de Bourbon où l’on trouve, en 1 436, Pierre Robertet, clerc de la Chambre des Comptes2. Par un acte du ier avril 1467, on voit que le duc Jean II île Bourbon se louait des services à lui rendus par cette famille3. Ln 1470, Jean Robertet est dit secrétaire des finances du roi Louis \I4 ; en 1492, il est nommé valet de chambre du roi et il sollicitait au Châtelet la charge d’examinateur L Secrétaire du duc de Bourbon, greffier au Parlement du Dauphiné, greffier de l’ordre de Saint-Michel, hailli d'Usson, les affaires du parfait secrétaire ont prospéré. Il a épousé Louise Chauvet, d’une famille bourbonnaise6. Par la fortune, Jean Robertet a acquis la noblesse. On remarquera ses armes parlantes (d'azur à une bande d’or chargée d’une aile de sable et de trois étoiles d’argent) dans la charmante chapelle où il reposera dans l’église Notre-Dame de Montbrison. On y voit un petit enfeu, à la mode italienne : des pilastres corinthiens, des rinceaux qui s’affrontent, encadrent une épitaphe latine dans laquelle Jean s’enorgueillit d’avoir servi trois rois et trois ducs7. Petite stèle, éloquente à sa façon, qui évoque tout-à-coup l’homme nouveau, enrichi d’écuset d'idées, un secrétaire italianisé dans ce coin de terre forézienne.

1. Bibl. Nat., Pièces originales 25oi, n° 3. — 2. Arch. Nat., P. 14021.

3. Bibl. Nat., ms. fr. 2oi55. — 4. Bibl. Nat., Pièces orig. 25oi, n° 5.

5. Bibl. Nat., Clairambaulf , 766, p. 112. — 6. Bibl. Nat., Cab. d’IIozier 292.

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