CHAPITRE XIV
Le traité des vingt-quatre articles, communiqué aux Chambres belges, donna lieu, parmi les représentants, aux débats les plus passionnés. Il fut accepté, néanmoins, comme on accepte une loi à laquelle il est impossible de se soustraire. Aussi la ratification de la Belgique fut-elle pure et simple, tandis que, sur Tordre formel de leur souverain, les plénipotentiaires hollandais, à Londres, protestaient contre les résolutions de la conférence. Ils revendiquaient le cours de l'Escaut, à partir d'Anvers; repoussaient la participation des Belges à la navigation des eaux intermédiaires entre l'Escaut et le Rhin, et déclaraient n'adhérer au partage des dettes, que sous la condition d'une capitalisation.
Il ne restait plus qu'à prendre des mesures contre Ja Hollande pour la forcer à souscrire à ces arrangements, et lui faire évacuer les parties du territoire belge encore occupées par ses troupes.
La France fut chargée de cette exécution, à laquelle les troupes belges, malgré les plus vives réclamations, ne purent prendre part. Une armée française, dans les rangs de laquelle combattaient les ducs d'Orléans et de Nemours, arriva devant la citadelle d'Anvers vers la fln de novembre, et en commença aussitôt le siège.
La saison était défavorable aux opérations militaires. Il fallait établir la tranchée sur un terrain qui, très mou de sa nature, était en outre délayé par les pluies. En certains endroits on enfonçait de deux pieds dans la boue.
Trois cents madriers, achetés à Anvers, furent employés à rendre la tranchée abordable, et les batteries ne reçurent leur armement que dans la nuit du 2 au 5 décembre. Les Français ouvrirent le feu, le 4, a onze heures, avec quatre-vingt-deux pièces, qui bientôt, furent portées à cent-quatre, dont la moitié lançait des projectiles creux. Les Hollandais, qui avaient d'abord faiblement défendu les approches de la citadelle, répondirent à celle agression avec énergie. Dans la nuit du 5 au G, ils dégarnirent de canons la face de leurs ouvrages tournée vers la cite, et transportèrent ces pièces devant le bastion de Tolède et la lunette de Kiel, augmentant ainsi la puissance de leurs moyens d'action.
La ville d'Anvers, menacée à tous moments d'une conflagration, présentait l'aspect le plus lamentable. Partout de l'artillerie, des barricades, l'image de la guerre; partout la terreur. Le maréchal Gérard invoquait vainement auprès de ses adversaires les droits de l'humanité, les exemples fournis par l'histoire : le général Chassé refusait de prendre aucun engagement qui pût nuire à la résistance opiniâtre qu'il se proposait d'opposer h ses ennemis.
Réduit à 1'altaque extérieure, le maréchal comprit qu'il était indispensable d'isoler la citadelle en lui fermant l'Escaut. Le général Sébastiani occupait les digues de la rive gauche du Bas-Escaut, et le général chard la rive droite. Les Français armèrent le fort