CHAPITRE XV
pressa de protester, au nom des intérêts de la marine belge. Celte chambre trouvait injuste, inique, de voir rembourser gratuitement, par la Belgique, à la navigation maritime des peuples étrangers « un tribut que les gou-
< vernements de ces peuples avaient eux-mêmes imposé
< sur tous les navires indistinctement. »
Présenter la question à ce point de vue, c'était méconnaître entièrement la liaison intime qui existe entre h liberté de l'Escaut et la prospérité de notre commerce, ainsi que l'influence de celui-ci sur le développement industriel du pays. Le remboursement du péage ne constituait pas une affaire anversoise ou ostendaise : c'était un acte éminemment national.
Les débats auxquels la présentation du projet de loi avaient donné lieu dans le public, se renouvelèrent avec vivacité à la Chambre des représentants. Deux questions, également importantes, y provoquèrent les controverses les plus animées :
Y avait-il lieu de restituer le droit de péage aux navires hollandais ?
Convenait-il d'établir, concernant le remboursement de la taxe, une distinction entre les bâtiments, à raison de la nature de leur chargement ou de la provenance des marchandises qu'ils avaient à bord?
M. Ch. Rogier, dans un rapport très remarquable, exposa d'une manière claire et nette, la nécessité de résoudre affirmativement ces deux points.
Nos relations avec les provinces néerlandaises avaient lieu, généralement, par les eaux intérieures, et le péage n'atteignait la navigation qu'à partir de Terneuse. Imposer les navires hollandais venant de la pleine mer, c'était prononcer l'exclusion des vaisseaux arrivant des Indes, qu'il fallait, au contraire, accueillir avec empressement. L'industrie belge ne regrettait-elle pas, en effet, la perte du débouché que lui offraient les colonies? Elle l'avait perdu au moment d'en faire nne source de richesse, et lorsque la consommation commençait à prendre de l'importance. De nombreux vaisseaux parlaient autrefois d'Anvers pour Batavia, emportant des marchandises indigènes, et revenaient avec des denrées qui alimentaient notre commerce de réexportation vers l'Allemagne. Ne devions-neus pas, au lieu d'arrêter ce mouvement, en provoquer la reprise? En refusant le bénéfice du remboursement aux armateurs hollandais, on ne leur laissait qu'une ressource : celle de diriger leurs cargaisons sur Rotterdam. On contribuait à la prospérité d'un port rival, ouvert à tous les pavillons.
De quelle manière, d'ailleurs, justifier une résolution qui eût placé le navire belge et le navire hollandais dans une situation différente, suivant la partie de nos côtes où ils eussent abordé? Traités sur le pied de toutes les nations quand ils se présenteraient à Ostende ou à Nieuport, subiraient-ils une charge exceptionnelle pour s'être dirigés sur Anvers, Gand, Bruxelles ou Louvain?
Ces observations étaient trop justes pour ne pas être