‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 11 sur 136 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une guerre imprévue viol tout à coup paralyser les efforts de nos populations. Rodolphe de Hapsbourg, irrité de ce que Guy de Dampierre, comte de Flandre, eût négligé de lui prêter hommage, le déclara déchu de tous droits de souveraineté sur les lies de la Zélande, qu'il adjugea au comte de Hainaut. Ce dernier» trop faible d'abord pour profiter de cette donation, la fit valoir, quelques années plus tard, avec l'appui de la France. Des pirates» profitant de ces troubles, cinglaient aux embouchures de l'Escaut et en rendaient la navigation assez dangereuse.

Ces commotions politiques nuisaient particulièrement aux Flamands. Divisés entre eux, ils avaient à lutter contre la Hollande, dont les intérêts étaient opposés aux leurs, et contre la France, poussée au combat par l'ambition de ses princes. Les Ànversois, plus heureux, étaient en paix avec leurs voisins, et si quelques-uns de leurs bâtiments de commerce étaient parfois dévalisés par les écumeurs de mer, leur port n'en était pas moins fréquenté, car les marchands y jouissaient de plus de sécurité qu'à l'Écluse ou à Damme. Les troubles de Flandre préparaient insensiblement la haute fortune d'Anvers, et annonçaient le déplacement futur de ce vaste courant commercial, si remarquable durant tout le moyen âge, qui avait enrichi jusqu'alors les sujets du comte Gui.

Au mois de mai 1318, apparurent dans l'Escaut deux grands navires, de construction étrangère. Us étaient

montés par des Vénitiens, qui, s'éloignant du théâtre de la guerre, venaient échanger pour la première fois, dans la vieille cité anversoise, les riches produits de l'Orient contre les toiles de Flandre, ou les draps du Brabant. Trois autres bâtiments, partis également des bords de l'Adriatique, arrivèrent quelques mois plus tard, salués de bruyantes acclamations par les riverains du fleuve. Ceux-ci avaient, en effet, mille raisons de se réjouir, et de faire fête au pavillon de Saint-Marc. Ils allaient, grâce à ces relations, étendre leur négoce jusque dans le Levant, se créer des débouchés en Asie et en Afrique, répandre dans toute l'Europe la renommée de leurs foires et de leurs marchés. Alliés de la république vénitienne, il ne leur manquait plus, pour s'initier entièrement au commerce bysantin, que l'appui des Génois, dont la puissance égalait, à cette époque, celle de Venise. Une occasion ne tarda pas à s'offrir aux Anversois d'entrer en négociations avec eux.

Les magistrats d'Anvers reçurent avis, en 4324, qu'une galère génoise était entrée dans les eaux de l'Écluse. Ils envoyèrent aussitôt deux messagers au capitaine de ce navire, et l'invitèrent à se rendre dans leur ville. Cette démarche fut couronnée de succès, et dès lors des rapports suivis s'établirent entre le Brabant et les États commerçants du nord de l'Italie.

Une puissante flotte anglaise, rassemblée à Orwell et à Yarmouth, se présenta à l'embouchure de l'Escaut, eu

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