CHAPITRE H
juillet 4358. Elle était composée d'une foule de nefs, richement décorées, et avait à son bord le roi Edouard III, accompagné d'une cour brillante et nombreuse. Ce monarque venait de déclarer la guerre à la France, dont il réclamait la couronne en vertu des droits qu'il tenait de la reine Isabelle, sa mère, fille de Philippe IV. Plusieurs seigneurs belges étaient déjà gagnés à sa cause et se préparaient à le suivre sur le champ de bataille. Les Flamands, tout en préférant son alliance, qui servait leurs intérêts commerciaux, à l'amitié de Philippe le Long, son compétiteur, avaient résolu d'observer une stricte neutralité.
Edouard II*, ne pouvant débarquer au port de l'Écluse, dont Jacques Van Artevelde lui refusait l'entrée, remonta le fleuve et arriva devant Anvers avec sa flotte. Ce fut dans cette cité que la reine Philippine, l'aimable et gracieuse fille du comte de Hainaut, vint le rejoindre quelques mois plus tard. Elle y donna naissance à un prince, qui fut baptisé à l'abbaye de Saint-Michel, vers la fin de novembre.
L'hospitalité accordée par lesAnversois au roi Edouard, leur valut de grands avantages. Le monarque anglais, tant pour augmenter le nombre de ses adhérents que pour solder les frais de la guerre qu'il avait à soutenir, fit vendre, dans le marquisat, d'immenses quantités de laines, et confirma tous les privilèges dont les Brabançons jouissaient déjà en Angleterre. Ces concessions, obtenues
durant une époque aussi troublée, avaient cependant leurs dangers. Tandis que nos marins parcouraient la Manche, dix huit navires de guerre, équipés par la France, croisaient aux environs de l'Écluse, afin de capturer au passage les belles nefs marchandes venant de Londres, d'Ipswich, d'Orwell ou de PI y mou th.
Edouard quitta Anvers le 20 février 4340. Le récit de son expédition appartient à l'histoire générale de l'Europe au xiv 4 siècle, et ne se rattache point à notre sujet. A la mort du belliqueux rival des Valois, une terrible inondation, occasionnée par l'incurie des agents qui étaient chargés de l'entretien des digues de l'Escaut, étendit ses ravages sur une grande partie du littoral belge. Le Weater-Schelde déborda avec violence, le 16 novembre 1377, et bientôt les villages d'Ysendycke, de Saiut-Nicolas-ten-Hamere, de Nieuw-Roesselaere, d'Oostmanskerke, de Sainte-Catherine-lez-Oostbourg et de Saint-Jean-dansla-Woestine ne formèrent plus que des ruines submergées. Cette brusque irruption du fleuve, indépendamment des dommages considérables qu'elle occasionna aux riverains, modifia d'une manière sensible les limites de notre territoire. En effet, il existait alors, entre Biervliet et Philippine, un bourg populeux connu sous le nom de Ten Pieté. Les flots le renversèrent entièrement, et y creusèrent la baie qu'on y remarque encore de nos jours. Les eaux de l'Escaut, en s'éeoulant dans un bassin plus vaste, perdirent beaucoup de leur impétuosité, et cette ci/eon-