CHAPITRE IU
staoce fut fatale au port de Damme, qui commença dès lors à s'ensabler lentement chaque année.
La ville d'Anvers, déjà si prospère, an départ du roi Edouard III, avait passé par de rudes épreuves depuis la mort du duc Jean, dont la sage administration lui avait été particulièrement favorable. Ce prince avait laissé ses États à sa fille aînée, Jeanne de Brabant, mariée à Wenceslas, duc de Luxembourg, sous la condition de payer une rente annuelle aux autres héritiers. Cette princesse avait à peine pris possession de ses domaines , que déjà Wenceslas, non content de se soustraire à l'obligation dont il vient d'être question, cherchait à se faire concéder le droit de disposer des seigneuries de la duchesse, dans le cas où celle-ci mourrait sans enfants.
Le comte de Flandre, Louis de Maie, qui avait épousé la fille puînée de Jean III, se contenta d'abord de réclamer la dot de sa femme, puis, indigné de la conduite de son beau-frère, prétendit se faire rembourser en même temps une somme de 86,500 réaux d'or, qui lui restait due pour prix de la cession de Malines, faite en 1546. Ces contestations les entraînèrent bientôt à une rupture ouverte, suivie d'une déclaration de guerre. Le Brabant fut envahi par les Flamands, qui triomphèrent des milices du duc à Scheut et à Zantvliet. Bruxelles, d'abord occupée par les vainqueurs, leur fut enlevée, le 24 octobre 1356, par Éverard T'Serclaes. On fit la paix à Ath, quelques mois plus tard, mais à des conditions très onéreuses pour
Wenceslas, qui abandonna la ville d'Anvers au comte de Flandre.
Cette cession devait avoir les plus graves conséquences pour les Anversois. Louis de Maie, auquel le mouvement commercial des ports de l'Écluse, de Damme et de Bruges valait d'immenses revenus, n'avait point le même intérêt à travailler à la prospérité de leur ville que le duc de Brabant, dont elle formait Tunique possession maritime. Il ne tarda pas, en effet, à prouver à ses vassaux qu'ils ne devaient plus compter désormais sur la protection de leur seigneur.
La ville de Malines, alors riche et puissante, disputait à celle d'Anvers la possession du droit d'étape sur le sel, le poisson et l'avoine. Ce privilège, comme on le sait, constituait un véritable monopole, car il obligeait tout expéditeur, avant de transporter à l'intérieur du pays les marchandises que nous venons de citer, à les mettre en vente sur les marchés du lieu jouissant des bénéfices de l'étape. Le comte de Flandre, appelé à prononcer sur ces prétentions rivales, donna gain de cause aux Malinois.
Cette décision excita les plus violents murmures à Anvers. Les magistrats locaux s'opposèrent à son exécution, au nom de leurs commettants, dont le nouveau seigneur avait promis de respecter les privilèges. On n'eut aucun égard à leurs réclamations et la marche ascendante du commerce local en éprouva un rude échec.
Le mécontentement public augmentant chaque jour,