CHAPITRE XVII
On fit remarquer avec raison que le capital du rachat payé par la Belgique était beaucoup plus considérable, proportionnellement, que celui qui avait été exigé pour le péage du Sund et de Stade.
Il ne s'agissait plus que de grouper, de manière à en former un acte général, les arrangements particuliers conclus avec les puissances étrangères. Leurs agents diplomatiques se réunirent à Bruxelles, le 15 juillet 1865, pour s'entendre à ce sujet. Sur la proposition du représentant de la Turquie, conçue dans les termes les plus courtois et les plus flatteurs, ils élurent pour président, M. Ch. Bogier. M. le baron Lambermont, qui depuis plusieurs années avait apporté un concours aussi actif qu'éclairé à cette longue et difficile négociation, dont il avait contribué puissamment à assurer le succès, fut chargé de la rédaction des protocoles.
L'assemblée s'élant constituée, M. Charles Bogier, commença par exprimer toute la satisfaction qu'éprouvait le gouvernement du roi en' inaugurant les travaux d'une conférence dont la mission était de sanctionner solennellement un grand principe, en harmonie avec les besoins nouveaux des peuples, et de le faire entrer pour toujours dans le domaine des faits accomplis. Elle allait décider, au nom du droit public moderne, que les grandes voies navigables sont le bien commun de toutes les nations.
Le ministre, esquissant ensuite à grands traits l'histoire du fleuve, à partir du traité de Munster, passa en revue
HISTOfUB DE L'ESCAUT. 3U
les négociations auquel il avait donné lieu, et rappela en quelques mots les stipulations spéciales qu'il s'agissait de consacrer.
M. le baron Gericke d'Herwyne, prenant alors la parole, fit la déclaration suivante :
« Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre plé- « nipotentiaire de Sa Majesté le roi des Pays-Bas, déclare, « en vertu des pouvoirs spéciaux qui lui ont été délivrés, « que la suppression du péage de l'Escaut, consentie par « son auguste souverain dans le traité du 12 mai, s'ap- « plique à tous les pavillons; que ce péage ne pourra être « rétabli sous une forme quelconque, et que cette sup- « pression ne portera aucune atteinte aux autres disposi- « tion du traité du 19 avril 1839. »
Quelques questions secondaires, encore pendantes, furent bientôt réglées, et la conférence ne tarda pas à se séparer, après avoir accompli Son œuvre.
La navigation de l'Escaut, si longtemps comprimée . dans son essor, est aujourd'hui débarrassée de toute entrave, et la Hollande doit s'en féliciter comme la Belgique. Elle s'est acquise de nouvelles sympathies en renonçant, dans des conditions convenables pour ses finances, à un impôt dont la légalité était peut-être incontestable, mais que condamnait l'équité. Belges et Hollandais, renouant la chaîne de leurs tradilions^cgalemenl épris de leur indépendance mutuelle, marcheront à l'avenir côte à côte 'ans la voie du progrès, après avoir condamné à l'oubli le