‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 19 sur 136 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

Jacqueline de Bavière, qui, après une union malheureuse avec le duc de Brabant, s'en était séparée pour se remarier au duc de Glocester, en disposant en faveur de celui-ci des fiefs qu'elle possédait en Hollande et dans le Hainaut. Les marins belges se distinguèrent dans cette campagne et y soutinrent leur ancienne réputation.

Jean IV, dont le nom serait presque oublié» s'il ne rappelait la fondation de la première université publique dans nos provinces, mourut le 17 avril 1427, sans laisser de postérité. Son frère, le comte de Saint-Pol, le suivit bientôt dans la tombe, et Philippe de Bourgogne, écartant les autres compétiteurs, ajouta aux États qu'il possédait déjà, les riches seigneuries de Brabant, de Limbourg et d'Anvers.

L'accession du « bon duc » — pour parler le langage des chroniqueurs de l'époque — ne s'annonça point sous des auspices bien favorables. Une bande de soldats bourguignons, habitués à traiter en ennemis tous ceux qui ne se rangeaient pas sous leurs drapeaux, arriva sur les bords de l'Escaut, le 12 juin 1435. Les nouveaux venus, se glissant le long des rives du fleuve, surprirent une des portes d'Anvers, se répandirent dans les rues et, profilant de l'effroi que causait leur apparition inattendue, se mirent a piller les habitations des bourgeois. Ceux-ci se ralliant enfin triomphèrent de leurs hésitations, prirent les armes, et, poursuivant les agresseurs, l'épée dans les reins, les attirèrent dans un carrefour, où ils les massacrèrent jusqu'au dernier.

L'émotion causée par cette alerte était à peine calmée, que les Ànversois se voyaient exposés h des dangers infiniment- plus sérieux. Ils entretenaient, à cette époque, une flottille de barques légères, destinée à la pêche du hareng. Philippe de Bourgogne ayant réclamé des patrons de ces barques un droit d'importation de deux sols six deniers- par tonneau, les riverains de l'Escaut refusèrent de s'y soumettre. Ils envoyèrent des émissaires dans les principales villes du Brabant et, ayant reçu de celles-ci des promesses de secours, s'emparèrent d'une halcke ou nef, stationnée à quelque distance de Lillo , à bord de laquelle se trouvaient les receveurs de l'impôt. Abandonnés au moment décisif par leurs alliés, ils s'apprêtèrent néanmoins à tenir tête à l'orage, et s'armèrent bravement pour la défense de leurs privilèges.

Le duc, dont la politique n'avait d'autre objet que de rabaisser les communes, ne demandait qu'un prétexte pour traiter Anvers en ville rebelle. Ce ne fut pas par la force, mais par la famine, qu'il résolut de la réduire. Il la fit aussitôt mettre en interdit par Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai, puis il ordonna la publication, dans toutes les cités de la Flandre, du Limbourg et de ses pays d'Outre-Meuse, d'un édit défendant sous peine de mort « de mener vivres ou autres biens quelconques aux insurgés. »

La population anversoise, après s'être disposée à soutenir un siège, c'est à dire à tremper son enthousiasme au

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