CHAPITRE IV
d'Anvers, avec l'aide des troupes allemandes, fit obstruer le port de l'Écluse en 4488.
C'était porter un coup mortel à la commune brugeoise. Privée de toute communication avec la mer, livrée à l'anarchie et à la discorde , elle était condamnée à une décadence inévitable. D'autres éléments de dissolution vinrent bientôt se joindre aux précédents et hâter sa ruine.
Les Italiens ou Lombards, familiarisés de bonne heure à la navigation de la Méditerranée, étaient restés jusqu'alors en possession presque exclusive du commerce d'échanges qui s'opérait avec l'Asie. Ils avaient des factoreries considérables à Constat) tinople, ainsi que sur les côtes de la mer Noire, et fournissaient à toute l'Europe les produits des îles, les soieries, les gommes, les parl'unis, les pierres précieuses dont leurs agents avaient fait l'acquisition.
Les marchandises des Indes arrivaient par te golfe Persique, l'Eu ph rate, l'Indus ou l'Oxus jusqu'au littoral, d'où elles étaient dirigées vers Gênes et Venise. Ces voyages avaient été abrégés après la défaite des Arabes par le Soudan , sans cesser cependant d'occasionner de longs délais et des dépenses très onéreuses. Les denrées d'Orient étaient convoyées, depuis cette époque, jusqu'à la mer Rouge, puis par caravanes aux rives du Nil, pour être débarquées enfin en Egypte et remises aux facteurs italiens. Ces derniers avaient de grands entrepôts à
HISTOUIS DE l'escaut. 5
Bruges, où les marchands du nord de l'Europe venaient Taire leurs approvisionnements. La prospérité du commerce flamand dépendait du maintien de ces relations.
Des brillantes découvertes, se succédant avec rapidité durant les dernières années du xv e siècle, modifièrent tout à coup cet état de choses. Le passage du cap de Bonne-Espérance par Vasquez de Gaina, et la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, enlevaient aux Génois et aux Vénitiens le monopole de la vente des épices, et le faisaient passer aux mains des Portugais et des Espagnols. Les compatriotes de Vasquez de Gama, libres d'e tous engagements antérieurs, s'établirent à Anvers, et leur choix décida de l'avenir de Bruges.
En effet, une foule de riches négociants, abandonnant les comptoirs qu'ils avaient en Flandre, se fixèrent avec eux sur les bords de l'Escaut. La puissante famille des Fockers ou Fuggers donna, Tune des premières, le signal du départ. Leur ancien hôtel existait encore à Bruges, il n'y a pas longtemps, dans la rue dite Steenhouwers- Vest . Ils furent bientôt suivis, dans l'émigration, par les Welsers, dont les relations commerciales élaienUles plus étendues, et par les trafiquants de Livourne et de Lucques, qui tous se rendirent à Anvers. Ils y étaient attirés non seulement par la présence des Portugais, mais par les droits et les privilèges qu'on leur y accordait. Parmi les plus remarquables de ces dispositions législatives, nous citerons celle qui accordait à la femme