CHAPITRE I
un espace de 354 kilomètres, de sa source à son embouchure.
L'Escaut, comme le Rhin, possède un passé légendaire et poétique. Cité par le géographe grec Ptolémée, sous le nom de Tabuda, il parcourait alors une région froide et ombreuse, couverte de forêts, obscurcie par une brume épaisse. Des populations sauvages et belliqueuses, vivant du produit de leurs chasses, disséminées dans les clairières, campées dans la solitude, remontaient seules ce vaste courant, où venaient se désaltérer les bêtes fauves. Tandis que les tribus indigènes allaient vers le Midi, César, à la tête de ses légionnaires, s'avançait vers le Nord. Ils se rencontrèrent sur les bords du fleuve, qui, d'après le proconsul romain, se jetait alors dans la Meuse.
Cette assertion, dont les érudits se sont vivement préoccupés, est combattue par le témoignage de Pline, qui affirme que l'Escaut se dégageait dans l'Océan. L'état du pays rendait de telles divergences presque inévitables. Le rhéteur Eumène, qui vivait en Gaule, nous a laissé en effet un tableau assez sombre des provinces du littoral : « Cette contrée, dit-il, que traverse l'Escaut dans son « cours tortueux, et que circonscrivent les deux bras du « Rhin; cette terre, s'il est permis de l'appeler ainsi, n'est « point de la terre : elle est tellement imbibée et trempée c des eaux, que non seulement là où elle est véritable- « ment marécageuse elle fléchit sous le pied qui la presse, « mais même que là où elle parait plus ferme, elle tremble
« et chancelle sobs les pas, tandis gtfe l'agitation q»i se « communique au loin prouve qu'une légère et otinle « écorce surnage sur des amas d'eau. »
Il est probable que» dans ces temps reculés, le Rhin, la Meuse et l'Escaut inondaient une partie du pays, et que leurs différentes branches, confondues près de leurs embouchures, se sont séparées peu à peu par la formation des alluvions. L'Escaut, dans cette hypothèse, se serait divisé en deux courants à quelque distance d'Anvers. L'un de ces courants, inclinant vers l'orient, se serait mêlé à la Meuse, tandis que l'autre» coulant à l'ouest, se perdait dans l'Océan. On pourrait, de cette manière» concilier les allégations contradictoires des auteurs que nous venons de citer, en supposant que chacun d'eux n'aurait connu que l'un de ces embranchements.
Les Romains» après avoir vaingu avec César, commencent des travaux de colonisation sous ses successeurs. Diverses villas, dont la population, composée d'agriculteurs et de soldats, s'abrite derrière des remparts construits à la hâte, s'élèvent à proximité du fleuve. Quelques* uns de ces établissements, stations militaires d'un peuple conquérant, acquièrent bientôt de l'importance. Les habitants de Tournai, qui s'étaient fixés sur la rive gauche de l'Escaut, commencent à descendre son cours en conduisant leurs barques, chargées de vivres, à la suite des armées.
Ces premières lueurs de civilisation, nées de l'influence