‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 4 sur 136 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

étrangère, s'évanouissent à son déclin. Les Barbares, refoulés d'abord dans les forêts de la Germanie, se rapprochent des frontières belges, entraînent avec eux les populations asservies, et leur donnent le signal de la révolte. Des hordes de guerriers, armés de haches et de lances, âpres à la curée, passent le Rhin sous la conduite de Clodion, s'avancent dans le pays des Tongriens et des Taxandritns, et marchent vers l'Escaut. Les Romains, pressentant une défaite, se groupent autour du vaillant Aélius et tentent de repousser l'ennemi. Forcés néanmoins de reculer devant cette marée humaine, écrasés par ces masses profondes où leur glaive ne fait point de vides, ils se retirent, laissant Tournai aux mains du vainqueur.

Le Tabuda de Ptolémée, le Scaidis de César, est redevenu un fleuve tudesque. Les chefs de la grande association francque , déjà tout-puissants , ne quittent plus la Gaule belgique, et choisissent Tournai pour capitale. On y a retrouvé, de nos jours, la tombe d'un de ces princes, Childéric I er , qu'on y avait enterré avec ses armes et ses ornements royaux.

Tandis que l'empire romain, tendant à l'amalgamation des races par la force, s'écroulait de toutes parts, un nouveau travail de centralisation, basé sur l'action d'une puissance toute morale, préparait une nouvelle ère à l'humanité. Les Barbares, enivrés de leur triomphe, poursuivant avec acharnement les aigles impériales, voient venir vers eux des hommes inconnus, psalmodiant des

mots mystérieux» inaccessibles à la crainte, calmes et souriants en présence du danger. Se mêlant à la foule, attentive à leurs paroles, ils dévoilaient aux guerriers les merveilles de la vie future, et engageaient leurs chefs à faire consacrer leur autorité par la religion. Quelques années plus tard, la Gaule entière appartenait aux Francs, et le fils de Childéric I er , courbant la tête à la voix de saint Rémi, recevait humblement, des mains de ce prélat, le bandeau royal enlevé aux Césars.

Les princes francs, en déposant l'épée pour saisir le sceptre, n'avaient emprunté à la civilisation romaine que ses vices. Leur règne, durant cette ère orageuse, ne présente qu'une série de scènes violentes et tragiques. Les habitants de Tournai, malgré la situation précaire dans laquelle ils se trouvaient, avaient rétabli leurs relations avec l'intérieur du pays. Ayant soutenu un siège en 575, le roi Chilpéric, afin de leur accorder quelques compensations, céda au clergé de leur ville le montant des droits qui se prélevaient au profit du fisc sur tous les vaisseaux qui remontaient et descendaient l'Escaut, ainsi que sur les marchandises qui se vendaient dans la cité ou ses dépendances.

Cette navigation, exposée à tous les hasards, était nécessairement peu active. Les tribus saxonnes, repoussées à la frontière d'Allemagne par les Francs, qui voulaient se réserver le pillage des provinces soumises, s'étaient répandues le long des côtes de l'Océan germanique, des bouches

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