‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 34 sur 136 · CHAPITRE V. 6S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 6S

et, quelques heures plus lard , l'héritier de Ferdinand et d'Isabelle était reçu avec enthousiasme à Villaviciosa.

La fortune réservait de plus hautes faveurs au roi Charles. A dix-neuf ans il ceignait la couronne impériale, et la ville d'Anvers lui offrait des fêtes splendides, tandis qu'une foule empressée, accourue de toutes parts à son approche, se pressait tumultueusement à sa suite.

Cinq cents cavaliers anversois, vêtus de velours et de satin, entouraient sa personne. Un magnifique arc de triomphe, composé de 400 arches, chacune de 40 pieds d'ouverture, avait été élevé sur son passage. Le vin coulait à flots en son honneur; les rhétoriciens donnaient des représentations en plein vent dans les rues; les riches salons du bourgmestre Van Liere, brillamment décorés, attendaient l'illustre descendant du dernier duc de Bourgogne : la noble capitale du marquisat n'avait jamais présenté un tableau aussi animé.

Charles, ainsi que son belliqueux aïeul, était agité d'une grande et ambitieuse pensée. Déjà puissant comme Constantin ou Charlemagne, il songeait, non à rétablir l'ancien royaume de Bourgogne, mais à devenir l'arbitre des souverains et des princes, et à fonder , à côté de l'autorité spirituelle réclamée par le pape, la dictature euro* péenne d'un César couronné. De tels desseins n'étaient réalisables qu'après le démembrement de la France : le duel sanglant qui avait rempli la vie de Charles le Hardi

et de Louis XI, devait recommencer entre Charles-Quint et François I er .

La concentration de quelques troupes françaises à Àtligny, et la capture de certains navires de commerce, appartenant aux ports d'Anvers et de Berg-op-Zoom, fournirent un prétexte aux Impériaux pour entamer les hostilités. Tandis que l'horizon politique se rembrunissait, les Hanséales, effrayés de la décadence de leurs affaires, délibéraient sur la nécessité de quitter Bruges, et de transporter leurs comptoirs à Anvers. Plusieurs de leurs délégués approuvèrent le projet de transfert, tout en faisant remarquer que son exécution entraînerait la ruine d'un grand nombre de fabricants flamands. Ils voulaient cependant qu'on s'assurât, avant d'y donner suite, si les membres de la confédération obtiendraient, en Brabant, les mêmes privilèges qu'en Flandre. Les députés de Lubeck et ceux de Brème n'ayant pu se mettre d'accord , toute décision fut ajournée jusqu'à l'année suivante.

Les Anversois, dans l'intervalle, cherchaient à se créer des relations directes avec les Indes. Ils y envoyèrent trois navires, dont l'un revint dans l'Escaut, le 21 janvier 1532, chargé d'épices. On célébra joyeusement son retour, car il n'avait échappé qu'avec peine aux croiseurs portugais. Les compatriotes de Vasquez de Gama voulaient à tout prix se réserver le monopole du commerce asiatique. Ils avaient fondé, d'ailleurs, une factorerie à Anvers, qui fournissait aux Pays-Bas des pierres précieuses, des perles

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