CHAPITRE V
contre Charles-Quint. Nos relations commerciales souffrirent durant celte guerre.
Le 13 février 1528 parut un édit de la régente Marguerite d'Autriche , ordonnant l'arrestation de tous les Français séjournant dans les Pays-Bas. D'autres mandements enjoignirent aux Belges et aux Hollandais, habitant la France, d'en sortir dans les trente jours. Quelques marins flamands ayant été retenus dans les ports de la Grande Bretagne, des mesures rigoureuses furent également prises contre les Anglais, et une ordonnance du 28 mars 1528 frappa les laines britanniques d'un droit d'entrée considérable. Une expédition navale, organisée par Guillaume de Montfort , le seigneur de Bœulx et l'amiral de Flandre , Adolphe de Bourgogne, se disposait à faire voile pour la Tamise, lorsque Henri VIII, craignant le mécontentement de ses propres sujets, modifia sa politique à l'égard des Pays-Bas.
La ville d'Anvers était parvenue, malgré tous ces troubles, à son plus haut degré de splendeur. Transportous-nous un instant sur les bords de l'Escaut et, avant de reprendre notre récit , donnons une idée de l'immense animation qu'ils devaient présenter à cette époque.
Le déclin de la marine marchande italienne était consommé, ainsi que la décadence de Bruges, la Venise du Mord. Les Portugais, désormais en rapports directs avec Calicut, venaient débarquer leurs précieuses cargaisons à Anvers. Là, dans les rues étroites qui avoisinent le port,
se pressaient des marchands de toutes les nations, parmi lesquels on distinguait particulièrement un grand nombre d'Allemands, de Danois, d'Italiens, d'Espagnols et d'Anglais. Plusieurs d'entre eux avaient accumulé des fortunes princières , entre autres, les membres de la famille des Fuggers, dont le chef, Antoine, laissa par testament six millions de couronnes d'or. Leur opulence avait mérité à la ville l'appellation qui la distingue parmi les cités belges Antverpia nominis « Anvers la riche. »
Les Allemands lui expédiaient d'excellente laine venant de la Hesse, des verreries, des futaines, des lingots d'argent, une immense quantité de cuivre fondu et battu, du pastel, de la garance, du safran et autres matières destinées aux teinturiers, du salpêtre, des meubles de ménage travaillés avec une grande perfection, des armes, du vif argent, et surtout des vins du*Rhin, dont on faisait alors une consommation considérable. Ils s'approvisionnaient à Anvers de joyaux et de perles fines, et en exportaient des épiceries, des drogueries, du sucre, des draps d'Angleterre et d'Irlande, différents tissus de laine et une foule d'autres objets.
Les villes d'Italie, bien qu'elles eussent perdu une partie de leur importance commerciale, contribuaient encore largement aux importations qui se faisaient dans les Pays- Bas. Les Anversois se livraient à des spéculations de change avec Rome, Venise, Milan, Florence et Gênes. Ancône leur envoyait des camelots de toutes sortes , des